Et, dans le cours de cette même année :
– Un torrent d’une extrême violence déferla sur Ghazna et détruisit une grande partie des cultures et des arbres.
– Au mois de Ramaḍān, Masʿûd b. Maḥmûd b. Subuktakîn fit aumône d’un million de dirhams, accorda de larges subsides aux fuqahâʾ et aux ʿulamâʾ de ses territoires – suivant en cela l’usage de son père avant lui –, conquit de nombreuses cités ; ses États s’étendirent considérablement, son prestige s’accrut, ses assises se raffermirent, et ses troupes comme ses auxiliaires se multiplièrent.
– Une foule de Kurdes pénétra dans Bagdad ; la nuit, ils dérobaient les chevaux des Turcs. Les habitants se barricadèrent et se fortifièrent, mais les Kurdes s’emparèrent des montures, jusqu’à celles mêmes du sultan.
– Le pont de Bagdad – celui qui se trouvait près du quartier ad-Dabbâs, sur le Nahr ʿÎsâ – s’effondra.
– Une sédition opposa les Turcs cantonnés à Bâb al-Baṣra aux Hâchimites : ces derniers brandirent les Muṣḥafs, tandis que les Turcs les criblaient de flèches. Un tumulte considérable s’ensuivit, puis les deux camps conclurent la paix.
– Les émissions monétaires se multiplièrent à Bagdad ; les maisons furent confisquées au grand jour ; les ʿayyârûn et les bandits kurdes se firent plus nombreux.
– Le Ḥajj fut de nouveau interrompu pour les habitants de l’Irak et du Khurâsân, en raison de l’insécurité des contrées. Seule une petite troupe d’Irakiens, montée sur les chameaux des Bédouins et prenant de grands risques, parvint à accomplir le pèlerinage – et Allah est plus Savant.
Mention des notables décédés au cours de cette année
Aḥmad b. ʿAbd Allâh b. Aḥmad, Abû l-Ḥasan al-Wâʿiẓ, connu sous le nom d’Ibn ar-Rân (1), homme de karâmât et d’exercices spirituels. Originaire de la Jazîra, il s’établit à Damas où il prêchait aux fidèles dans l’aile méridionale de la Ziyâda, là même où s’asseyaient les conteurs (2). C’est ce qu’a rapporté le ḥâfiẓ Ibn ʿAsâkir, qui précise encore qu’il composa des ouvrages d’exhortation et transmit de nombreux récits.
Il dit : « J’ai entendu Abû l-Qâsim b. as-Samarqandî dire : J’ai entendu Abû Ṭâhir Muḥammad b. Aḥmad b. Abî ṣ-Ṣaqr dire : J’ai entendu Abû l-Ḥasan Aḥmad b. ʿAbd Allâh ar-Rânî déclamer ces vers :
Je n’ai que faire des plaisirs,
Mon souci est dans mes fautes.
La fête appartient à qui obtient
Une part de son Bien-Aimé.
Les gens s’éveillèrent dans la fraîcheur,
Le basilic et le parfum ;
Et moi je me levai dans les lamentations,
La tristesse et les sanglots.
Ils se sont réjouis quand rebrilla
Leur croissant après son déclin ;
Mais mon croissant demeure caché
Derrière les voiles de l’Invisible.
(1) Surnom : Ibn ar-Rân. — (2) Partie méridionale de la Ziyâda, lieu réservé d’ordinaire aux conteurs.