que le croyant fasse donc ses adieux à ce bas-monde : salâm ! Cette cité avait pourtant été le siège du pouvoir ; on y emmena en captivité, garçons et filles confondus, une foule innombrable (1).
Au cours de cette même année, les Râfidites du quartier de Karkh mirent à exécution leur abominable innovation [leur hideuse pratique] (2) le jour de ʿÂshûrâʾ : ils revêtirent des habits de bure (3), fermèrent les marchés, se lamentèrent et pleurèrent dans les ruelles et sur les places. Les gens de la Sunna marchèrent alors contre eux, armes au poing ; un violent combat s’ensuivit et un grand nombre de personnes furent tuées des deux côtés. De graves troubles éclatèrent, et des maux considérables se propagèrent.
Durant la même année, le Commandeur des croyants al-Qâdir bi-Llâh tomba malade. Il transmit le pacte de succession à son fils Abû Jaʿfar al-Qâʾim bi-Amri-Llâh, en présence des juges, des vizirs et des notables. Son nom fut mentionné dans les sermons prononcés sur les chaires, et frappé sur les monnaies en circulation.
Cette année-là encore, le roi des Byzantins partit de Constantinople à la tête de trois cent mille soldats. Il marcha jusqu’à atteindre le territoire d’Alep, que gouvernait Shibl ad-Dawla Naṣr b. Ṣāliḥ b. Mirdâs, et campa à une journée de marche de la ville. Son intention – qu’Allah le défigure – était de s’emparer de l’ensemble du Shâm et de le ramener à l’état où il se trouvait entre leurs mains avant l’islam. Or le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – a dit : « [Lorsque Kisrâ périra, il n’y aura plus de Kisrâ après lui ;] lorsque César périra, il n’y aura plus de César après lui » (4). César est, en effet, celui qui détient le Shâm conjointement aux terres romaines ; il n’y a donc pour le roi des Byzantins aucun accès possible à la conquête qu’ambitionnait ce blâmable.
Lorsqu’il eut établi son armée près d’Alep, Allah fit s’abattre sur eux une soif brûlante et sema la discorde dans leurs rangs. Le domestikos se trouvait avec lui ; il avait soudoyé une partie de l’armée pour assassiner le roi et prendre le pouvoir après lui. S’en étant aperçu, le roi des Byzantins rebroussa aussitôt chemin, conformément à la Parole du Très-Haut : « Allah refoula les mécréants, pleins de rage ; ils n’obtinrent aucun avantage. Allah dispensa les croyants du combat, et Allah est Fort, Tout-Puissant » (Coran 33, 25).
Tandis qu’ils battaient en retraite vers leur pays, les Arabes nomades les pourchassèrent, les dépouillant nuit et jour. Ils s’emparèrent, entre autres, de quatre cents mulets chargés d’argent et de vêtements destinés au roi. La plupart des Byzantins périrent de faim et de soif, tandis que les Bédouins les pillaient de toutes parts.
Au cours de la même année, Jalâl ad-Dawla conquit Wâsiṭ, y nomma son fils comme gouverneur, puis dépêcha son vizir Abû ʿAlî Ibn Mâkûlâ dans les marais et vers Bassora. Il s’empara des marais, remonta par voie d’eau jusqu’à Bassora, où se trouvait un représentant d’Abû Kâlîjâr. Les troupes bassroises furent défaites, si bien que Jalâl ad-Dîn wa-d-Dawla marcha en personne contre elles, entra dans la ville au mois de Shaʿbân de la présente année, et les tambours de la bonne nouvelle résonnèrent à Bagdad.