(1)
Je passai chez lui la nuit, ainsi l’avait voulu le sort – pour l’homme libre, quelle honte !
Car le décret du temps, quand il frappe le cœur fier, n’est qu’affront et n’est qu’honte.
Ivre, saturé d’angoisse, il me lança : « Pourquoi donc t’es-tu exilé, sans aucun profit ? »
Je répondis : « Le Prophète a dit – sa parole est conseil et réussite – :
“Voyagez : vous en tirerez profit.” »
Il reprit, complétant le ḥadith pour se soustraire à l’hospitalité :
« Jeûnez, et vous gagnerez la santé. »
(2)
[Puis vint l’année quatre cent vingt]
Cette année-là, dans les contrées d’Orient, tomba une pluie violente accompagnée de grêlons énormes. Ibn al-Jawzī rapporte qu’il estima le poids d’un seul grêlon à cent cinquante rôtls et qu’il s’enfonçait dans la terre d’environ une coudée.
La même année, on reçut une lettre de Yamin ad-Dawla Maḥmūd b. Subuktikīn annonçant qu’il avait infligé aux Batinites et aux Râfidites de Rayy un massacre impitoyable et des crucifixions atroces ; que les biens de leur chef, Rustam b. ʿAlī al-Daylamî, étaient tombés entre ses mains, lui rapportant près d’un million de dīnars ; que ce dernier détenait quelque cinquante femmes libres, lesquelles lui avaient donné trente-trois enfants, garçons et filles, et que ces gens déclaraient cette promiscuité licite.
En rajab, de nombreuses étoiles filantes traversèrent le ciel, très bruyantes et d’une lumière intense.
En shaʿbân, les faux-monnayeurs se multiplièrent, et les hommes de la Maʿûna furent incapables de résister aux ʿayyârîn. Le lundi vingt-deux du mois, le niveau du Tigre baissa à tel point qu’il n’en resta qu’un filet d’eau ; les moulins s’arrêtèrent et il devint impossible de moudre le grain.
Ce même jour, on réunit les juges et les savants au palais du califat. On leur fit lecture d’un écrit composé par l’Amir al-Mu’minîn al-Qâdir bi-Llâh ; il contenait des exhortations, l’exposé détaillé des doctrines des gens de la Sunna, une réfutation des innovateurs, la déclaration de perversité à l’encontre de quiconque affirme que le Coran est créé, et le récit de la controverse survenue entre Bishr al-Marîsî et ʿAbd al-ʿAzîz b. Yaḥyâ al-Kinânî ; puis il conclut