[Puis survint l’année quatre-cent dix-neuf]
Au cours de cette année, un conflit éclata entre l’armée et Jalâl ad-Dawla ; la demeure de son vizir fut pillée et les événements se prolongèrent longuement, jusqu’à ce que l’on convînt finalement de le chasser de la ville. On lui prépara dès lors une barque (1) vétuste ; il sortit, en plein jour, tenant une hache (2) à la main, sans que l’on se souciât de lui ni que l’on prêtât attention à sa personne. Lorsqu’il s’apprêta à monter dans cette embarcation délabrée, les gens eurent pitié de lui et s’attendirent [par appréhension de la majesté qu’il inspirait] ; ils vinrent à lui, baisèrent la terre devant lui, et son affaire, jusque-là compromise, s’en trouva rétablie.
Cette même année, la datte fraîche devint extrêmement rare, les palmiers ayant péri l’année précédente sous la grêle : trois rotls de dattes se vendaient un dînâr jalâlî. Une nouvelle grêle très violente survint encore, détruisant à nouveau un grand nombre de palmiers.
Cette année-là, nul parmi les habitants de l’Orient ni des contrées d’Égypte ne se rendit au Ḥajj, hormis un groupe venu du Khurâsân ; ils s’embarquèrent depuis la ville de Makrân (3), gagnèrent Jeddah, puis accomplirent le pèlerinage — qu’Allah répande la prière sur Son Prophète et leur fasse miséricorde par Sa grâce et Sa munificence.
[Parmi les notables décédés au cours de cette année]
Ḥamza ibn Ibrâhîm [ibn ʿAbd Allâh], Abou al-Khaṭṭâb l’astrologue (4). Il jouissait de la faveur de Bahâ’ ad-Dawla, auquel il enseigna l’astrologie, et occupait auprès de lui un rang éminent, si bien que le vizir et les émirs [le redoutaient], le comblaient d’égards, correspondaient avec lui et recouraient à son intercession dans leurs affaires. Par la suite, son sort devint [errant et proscrit] ; il mourut, le jour même de sa mort, au Karkh de Sâmarrâ’, étranger, pauvre, hémiplégique, ayant perdu sa fortune, sa considération [et sa raison] — point de divinité digne d’adoration en dehors d’Allah, l’Unique.
Muḥammad ibn Muḥammad ibn Muḥammad (5) ibn Ibrâhîm ibn Makhlad, Abou al-Ḥasan, le marchand (6). Il recueillit de nombreux ḥadiths auprès des premiers maîtres et se distingua par la hauteur de ses chaînes de transmission. Doté d’une vaste fortune, il redouta la confiscation à Bagdad et se rendit en Égypte, où il séjourna un an, puis revint à Bagdad. Il advint alors que les autorités procédèrent à la saisie des biens dans son quartier ; on lui imposa des versements échelonnés qui le réduisirent à la pauvreté. À sa mort, on ne trouva même pas de linceul pour lui [et il ne laissa rien ; le calife al-Qâdir bi-llâh envoya alors de quoi l’ensevelir].