[Puis commença l’année dix-huit et quatre-cents]
Au mois de Rabīʿ al-Awwal, il tomba une grêle qui anéantit une grande partie des semences et des fruits, et fit périr nombre de têtes de petit bétail ainsi que d’animaux sauvages.
Ibn al-Jawzī (1) rapporte qu’on a dit : chaque grêlon pesait deux ratls et davantage ; à Wāsiṭ on en mesura plusieurs ratls, et à Bagdad ils atteignirent la grosseur d’un œuf.
En Rabīʿ ath-Thānī, l’Isfahsalarīya et les ghilmān réclamèrent du Calife qu’il destitue Abū Kālijār, pour sa négligence à leur égard et sa corruption, ainsi que pour la dégradation générale des affaires sous son gouvernement, et qu’il leur donne pour maître Jalāl ad-Dawla, qu’ils avaient pourtant écarté la première fois. Le Calife temporisa, puis écrivit à Abū Kālijār de redresser la situation et de hâter son retour à Bagdad avant qu’il ne fût trop tard. Les militaires insistèrent auprès du Calife pour l’investiture de Jalāl ad-Dawla, firent prononcer la khuṭba en son nom à Bagdad, et la situation s’envenima, l’ordre étant rompu.
Cette même année parvint un courrier de Yamīn ad-Dawla Maḥmūd ibn Subuktagīn annonçant qu’il était entré de nouveau au pays des Hindous et qu’il avait brisé leur plus grand idole, appelée Sumnāt. Des pèlerins venaient à cette idole de tous les horizons lointains et y dépensaient des sommes immenses. Dix mille villages réputés figuraient parmi ses waqfs, si bien que ses trésors regorgeaient de richesses ; mille hommes la servaient, trois cents rasaient la tête de ses pèlerins, trois cent cinquante chantaient et dansaient aux portes de l’idole, tandis que tambours et trompettes y retentissaient. Des milliers de reclus vivaient alentour des revenus de ces fondations, et les Hindous des contrées éloignées aspiraient à parvenir jusqu’à cette idole.
Le serviteur – c’est-à-dire le roi Maḥmūd ibn Subuktagīn – souhaitait depuis longtemps l’arracher, mais l’éloignement des déserts et la multitude des obstacles l’en empêchaient. Il consulta ensuite Allāh – qu’Il soit exalté –, prit sur lui d’affronter ces périls avec une armée de trente mille hommes triés sur le volet, sans compter les volontaires. Allāh – Très-Haut – nous protégea jusqu’à ce que nous parvînmes au territoire de cette idole. Nous campâmes sur la vaste esplanade de ses adorateurs, laquelle égalait la superficie d’une grande cité ; sitôt arrivés, nous la conquîmes, tuâmes cinquante mille de ses partisans, déracinâmes l’idole et allumâmes un feu au-dessous d’elle ; louange à Allāh.
Plus d’un a rapporté que les Hindous offrirent d’énormes richesses au roi Maḥmūd ibn Subuktagīn pour qu’il leur laissât cette idole suprême. Certains émirs conseillèrent d’accepter ce trésor, mais il répondit :
« Que je consulte d’abord Allāh – qu’Il soit exalté. »
Le lendemain matin, il déclara :
« J’ai réfléchi à cette affaire ; j’ai vu que, si au Jour de la Résurrection on appelait : “Où est Maḥmūd, celui qui a brisé l’idole ?”, cela m’est plus cher que si l’on disait : “Où est Maḥmūd, celui qui l’a laissée pour un gain mondain ?” »
Il se décida alors et la fracassa.
(1) Célèbre historien, prédicateur et traditionniste bagdadien (m. 597 H./1200 EC).