Des éclats, pareils à des rognures d’ongle, se détachèrent, laissant paraître dessous une teinte brunâtre (1) tirant agréablement vers le jaune (2), semblable à la graine de pavot. Les Banû Shayba recueillirent alors ces fragments, les pétrirent avec du musc et du laque, puis en bouchèrent les fentes apparues ; la Pierre se raffermit et demeure telle qu’on la voit aujourd’hui, chose évidente à qui l’examine (3).
Au cours de cette même année fut inauguré le maristân (4) qu’avait fait construire le vizir Muʾayyad al-Mulk, Abû ʿAlî al-Ḥasan al-Rukhajî, ministre de Sharaf al-Mulk à Wâsit ; il y institua des intendants, des boissons, [des remèdes], des drogues et tout ce dont on peut avoir besoin. Allâh, Exalté soit-Il, sait parfaitement ; Il nous suffit et Il est le Meilleur Protecteur.
Parmi les personnages éminents décédés cette année-là figure ʿAlî ibn Hilâl (5), Abû al-Ḥasan Ibn al-Bawwâb, le calligraphe au style réputé. Il fréquenta Abû al-Ḥusayn Ibn Samʿûn le prédicateur, qui donnait ses exhortations dans la grande mosquée de la ville. Nombreux sont ceux qui ont loué Ibn al-Bawwâb pour sa piété et sa probité ; quant à son écriture et à sa méthode [dans cet art], elles sont trop célèbres pour qu’on les détaille. Sa graphie est presque plus limpide que celle d’Abû ʿAlî Ibn Muqlah (6) ; après lui, nul ne fut meilleur calligraphe, et c’est sur sa voie que l’on écrit aujourd’hui dans presque toutes les contrées.
Ibn al-Jawzî rapporte : « Il mourut le samedi, deuxième jour de Jumâdâ al-Âkhirah de cette année, et fut inhumé au cimetière de Bâb Ḥarb. » L’un de ses contemporains le pleura en ces vers :
Aux cœurs que tu comblais ne règne plus que peine,
Aux yeux que tu charmais veille une longue peine ; (7)
Quel charme a désormais la vie, depuis que tu t’éloignes, malheur !
Quelle aube le nuit peut-elle voir, lorsque de nous tu t’éloignes, malheur !
Ibn Khallikân dit : « On le surnommait aussi Ibn al-Sitrî, parce que son père veillait constamment à la tenture de la porte ; on l’appelait encore Ibn al-Bawwâb. Il avait appris la calligraphie auprès d’Abû ʿAbd Allâh Muḥammad ibn Asad ibn ʿAlî ibn Saʿîd al-Bazzâz, lequel avait recueilli (des traditions) auprès d’al-Najjâd et d’autres, et mourut en l’an dix et quatre-cents. Quant à Ibn al-Bawwâb, il décéda en Jumâdâ al-Ûlâ de cette année-là ; d’aucuns disent : en l’an vingt-trois et quatre-cents. L’un des poètes le pleura en ces termes :»