Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

environ quatre-vingts ans. Néanmoins, transfère tous mes avoirs chez toi, car celle dont je redoute le plus qu’elle te nuise, c’est ma sœur – [et c’est d’elle encore que je crains le plus pour moi-même]. Il fit donc transporter ses biens auprès de sa mère ; ses coffres contenaient près de trois cent mille dinars et quantité de joyaux.

Sa mère lui dit : « Ô notre maître, si les choses sont telles que tu l’affirmes, prends pitié de moi : ne sors pas cette nuit en quelque endroit que ce soit. » Or il avait pour habitude de faire chaque nuit le tour du palais. Il accomplit sa ronde, revint au palais et dormit jusqu’au dernier tiers de la nuit. À son réveil, il déclara : « Si, cette nuit, je ne monte pas à cheval, mon âme s’envolera. » Il enfourcha donc un destrier, accompagné d’un garçon [et de son palefrenier], et gravit le mont Muqaṭṭam. Les deux esclaves l’y attendirent, le firent descendre de sa monture, lui coupèrent les mains et les pieds, lui éventrèrent le ventre, puis le prirent et se rendirent auprès de leur maître Ibn Dawâs. Celui-ci le transporta chez sa sœur, qui l’inhuma dans la salle de sa demeure.

Elle fit appeler les émirs, les notables et le vizir, à qui elle avait dévoilé le fond de l’affaire. Tous prêtèrent alors serment d’allégeance au fils d’al-Ḥākim, Abû l-Ḥasan ‘Alî, gratifié du titre de al-Ẓāhir li-Iʿzāz Dīn Allāh, lequel se trouvait à Damas. Elle le fit venir et répétait à la population : « Al-Ḥākim m’a dit qu’il s’absenterait sept jours puis reviendrait. » Les gens s’en trouvèrent rassurés. Elle dépêchait des coureurs qui montaient la montagne, revenaient en disant : « Nous l’avons laissé à tel endroit », et ceux qui leur succédaient déclaraient à [sa mère] : « Nous l’avons laissé à tel autre lieu », jusqu’à ce que la population se tranquillise.

Son neveu arriva, apportant de Damas un million de dinars et deux millions de dirhams. Dès son arrivée, elle le coiffa de la couronne d’al-Mu‘izz, l’aïeul de son père, le revêtit d’un habit somptueux, le fit asseoir sur le trône. Les émirs et les chefs lui prêtèrent allégeance et il leur prodigua de larges dons. Elle remit à Ibn Dawâs une splendide et redoutable robe d’honneur, organisa les funérailles de son frère al-Ḥākim trois jours durant, puis envoya auprès d’Ibn Dawâs un détachement de soldats qui se tenaient devant lui, épées dégainées, en signe de service.

Un jour, elle leur ordonna de lui dire : « Tu es l’assassin de notre maître ! » puis de le frapper de leurs épées. Ils s’exécutèrent. Elle fit mettre à mort tous ceux qui connaissaient son secret concernant l’assassinat de son frère, si bien que sa crainte grandit, son prestige se renforça et son pouvoir se consolida. Al-Ḥākim avait trente-sept ans lorsqu’il fut tué, dont vingt-cinq années de règne – [qu’Allah le maudisse] (1).

Puis commença l’année douze et quatre cents. Cette année-là, le qāḍī Abû Ja‘far [Aḥmad b. Muḥammad] as-Samnânî fut investi de la ḥisba et des affaires successorales à Bagdad ; on le revêtit de noir.

Au cours de la même année, un groupe de [savants et] de musulmans s’adressa au grand roi, Yamîn ad-Dawla Maḥmûd b. Subuktegîn : « Tu es [le plus puissant] des souverains de la terre ; chaque année, tu conquiers une partie des territoires de l’incroyance et de l’ennemi. Or la route du pèlerinage est coupée depuis plusieurs années, et la rouvrir t’incombe avant toute autre conquête. » Il ordonna donc au Qâḍî al-Quḍât, par l’intermédiaire d’Abû Muḥammad an-Nāṣihî, d’assumer l’Émirat du ḥajj pour cette année, et il lui remit trente mille dinars destinés aux Bédouins, sans compter les aumônes qu’il lui avait préparées.

(1) Addition provenant de B.
سنة، ومع هذا فانقلي حواصلي إليكِ، فإني أخوف ما أخاف عليك من أختي، [وأخوف ما أخاف على نفسي منها] ، فنقل حواصله إلى أمّه، وكان له في صناديق قريب من ثلاثمئة ألف دينار وجواهر، فقالت له أمّه: يا مولانا، فإذا كان الأمر كما تقول: فارحمني ولا تركب في ليلتك هذه إلى موضع، وكان من عادته أن يدور حول القصر كل ليلة، فدار ثمّ عاد إلى القصر فنام إلى قريب من ثلث الّليل الأخير، فاستيقظ، وقال: إن لم أركب الليلة فاضت نفسي، فركب فرسًا، وصحبه صبيّ [وركابي] ، وصعِد جبل المقطَّم، فاستقبله ذانك العبدان فأنزلاه عن مركوبه، وقطعا يديه ورجليه، وبقرا جوفه، وحملاه فأتيا به مولاهما ابن دواس، فحمله إلى أخته فدفنته في مجلس دارها، واستدعت الأمراء والكبار والوزير وقد أطلعته على الجليّة، فبايعوا لولد الحاكم أبي الحسن علي، ولقّب بالظاهر لإعزاز دين اللَّه، وكان بدمشق، فاستدعت به وجعلت تقول للناس: إن الحاكم قال لي: إنه سيغيب سبعة أيام ثمّ يجود، فاطمأن الناس بذلك، وجعلت [ترسل] ركابيين يصعدون الجبل ويجيئون ويقولون: تركناه بالموضع الفلاني، ويقول الذين من بعدهم [لأمّه] : تركناه في موضع كذا حتى اطمأن الناس، وقدم ابن أخيها وقد استصحب من دمشق ألف ألف دينار، وألفي ألف درهم. فحين وصل ألبسته تاج المعزّ جدّ أبيه، وحلّة عظيمة، وأجلسته على السرير، وبايعه الأمراء والرؤساء، وأطلق لهم الأموال الجزيلة، وخلعت على ابن دواس خلعة سنيّة هائلة، وعملت عزاء أخيها الحاكم ثلاثة أيام، ثمّ أرسلت إلى ابن دواس طائفة من الجند ليكونوا بين يديه بسيوفهم، وقوفًا في خدمته، ثمّ أمرتهم في بعض الأيام أن يقولوا له: أنت قاتل مولانا، ثمّ يهبرونه بسيوفهم، ففعلوا ذلك، وقتلت كلّ من اطلع على سرّها في قتل أخيها فَعَظُمتْ هيبتها، وقَويت حرمتها، وثَبتت دولتها. وقد كان عمر الحاكم حين قُتل سبعًا وثلاثين سنة، وكانت مدة ملكه من ذلك خمسًا وعشرين سنة [لعنه اللَّه] (١) . [ثم دخلت سنة ثنتي عشرة وأربعمئة] فيها: تولى القاضي أبو جعفر [أحمد بن محمد] السمنانيّ الحسبة والمواريث ببغداد، وخُلِعَ عليه بالسواد. وفيها: قال جماعة من [العلماء و] المسلمين للملك الكبير يمين الدولة محمود بن سُبُبكْتِكين: أنت [أكبر] ملوك الأرض، وفي كلّ سنة تفتح طائفة من بلاد الكفر والعدوِّ، وهذه طريق الحجّ قد تعطلت من مدة سنين، وفتحك لها أوجب من غيرها، فتقدّم إلى قاضي القضاة بعملة أبي محمد الناصحي أن يكونْ أمير الحجّ في هذه السنة، وبعث معه بثلاثين ألف دينار للأعراب، غير ما جهّز معه من الصدقات
(١) زيادة من ب.

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