Puis arriva l’année dix et quatre-cents.
Durant celle-ci :
Un courrier parvint de Yamīn ad-Dawla Maḥmūd ibn Subuktekīn, dans lequel il exposait les territoires de l’Inde qu’il avait conquis l’année précédente. Il y relatait être entré dans une cité où il trouva près de mille palais édifiés et mille demeures vouées aux idoles, lesquelles s’y trouvaient en très grand nombre. L’une de ces idoles renfermait une quantité d’or approchant cent mille dinars, tandis que les idoles d’argent dépassaient le millier. On y vénérait en outre une idole particulièrement magnifiée, dont, par ignorance, ils dataient l’existence à trois cent mille ans. « Nous nous sommes emparés de tout cela, ainsi que de biens innombrables, et les mujâhidûn ont réalisé en cette expédition un butin considérable. » Les combattants incendièrent la cité de fond en comble, au point qu’il n’en demeura que des vestiges. Le nombre des Hindous tués atteignit cinquante mille, alors qu’environ vingt mille embrassèrent l’Islam. Le cinquième réservataire des captifs s’éleva à cinquante-trois mille âmes ; l’on captura trois cent cinquante-six éléphants, et l’on recueillit en butin vingt millions de dirhams, outre une quantité d’or considérable.
Au mois de Rabîʿ al-Âkhir, al-Qâdir billâh tint séance ; l’acte d’investiture du roi Abû al-Fawâris fut lu, on lui conféra le laqab « Qawâm ad-Dawla » et on lui remit les robes d’honneur qui lui avaient été envoyées à l’occasion de sa nomination au gouvernement du Kirmân(1).
Nul ne se rendit au ḥajj depuis l’Irak, cette année-là, en raison des exactions des Bédouins sur les routes.
Parmi les notables décédés cette année :
– al-Uṣayfir al-Muntafiqî(2), qui assurait la protection des pèlerins ;
– Aḥmad ibn Mûsâ ibn Mardawayh ibn Fûrak(3), Abû Bakr, le ḥâfiẓ d’Ispahan, décédé en Ramaḍân de la présente année ;
– Hibat Allâh ibn Salâmah(4), Abû al-Qâsim, l’aveugle, récitant et exégète, l’un des plus savants et des plus versés en tafsîr ; il tenait un cercle d’enseignement dans la mosquée al-Manṣûr.
Ibn al-Jawzî rapporte, avec sa chaîne de transmission jusqu’à lui, qu’il déclara : « Nous avions un shaykh auprès duquel nous lisions ; l’un de ses compagnons mourut. Il le vit alors en songe et lui demanda : “Qu’Allâh a-t-Il fait de toi ?” — “Il m’a pardonné”, répondit-il. — “Et comment cela s’est-il passé avec Munkar et Nakîr ?” demanda-t-il encore. Il répondit : “Lorsque tous deux m’assirent et m’interrogèrent…” »