Durant la même année, Sulṭān ad-Dawla arriva à Bagdad ; il fit battre le tambour aux heures des prières — chose qui n’était pas dans les usages — et conclut son contrat de mariage avec la fille de Qurwāsh, pour une dot s’élevant à cinquante mille dinars.
Abū l-Faraj Ibn al-Jawzī rapporte, dans son ouvrage « al-Muntaẓam » (1) : « Saʿd Allāh ibn ʿAlī al-Bazzāz nous a rapporté, Abū Bakr aṭ-Ṭuraythīthī nous a rapporté, Hibat Allāh ibn al-Ḥasan aṭ-Ṭabarī nous a rapporté : En l’an quatre-cent-huit, al-Qādir bi-Llāh, commandeur des croyants, mit en demeure de se repentir les fuqahāʾ muʿtazilites ḥanafites. Ceux-ci manifestèrent alors leur retour, se désavouèrent du muʿtazilisme, du rafiḍisme et des doctrines contraires à l’Islam. Il reçut d’eux des reconnaissances écrites et stipula que, s’ils y contrevenaient, il leur infligerait des châtiments exemplaires. Yamīn ad-Dawla Abū l-Qāsim Maḥmūd ibn Subuktagīn obéit à l’ordre du commandeur des croyants et suivit sa voie dans les provinces qu’il lui avait confiées — le Ḫurāsān et autres — en mettant à mort les Muʿtazilites, les Rāfiḍites, les Ismāʿīliens, les Qarmates, les Jahmites et les Mushabbihites, les crucifiant, les emprisonnant, les bannissant, ordonnant qu’on les maudît sur les chaires, qu’on éloignât toute faction des gens de l’innovation et qu’on les expulsât de leurs contrées. Cela devint une sunna dans l’Islam. »
Cette année-là, nul habitant de l’Irak ne se rendit au pèlerinage, en raison du désordre qui régnait dans le pays, des exactions des Bédouins et de l’impuissance de l’État à les contenir.
Parmi les notables décédés durant cette année figure le grand ḥājib Shabāshī (2), Abū Naṣr, affranchi de Sharaf ad-Dawla, que Bahāʾ ad-Dawla avait surnommé « al-Saʿīd ». Il multipliait aumônes et fondations pieuses ; ainsi légua-t-il Dabāhā (3) au bīmāristān, lequel rapportait d’importants revenus de céréales, de fruits et d’impôts. Il fit édifier le pont du fossé, la Yāsiriyya (4) et d’autres ouvrages. À sa mort, il fut inhumé dans le cimetière de l’imām Aḥmad et avait stipulé que rien ne fût bâti sur sa tombe ; on contrevint pourtant à sa volonté et l’on dressa une coupole, qui s’effondra. Environ soixante-dix ans plus tard, un groupe de femmes se réunit près de sa tombe pour se lamenter ; à leur retour, l’une d’elles — une vieille femme qui dirigeait la lamentation — vit en songe un Turc surgir de la tombe, massue à la main, se jeter sur elle et la rudoyer : c’était le ḥājib al-Saʿīd. Elle se réveilla épouvantée.
Puis vint l’année 409 de l’Hégire : le jeudi 17 muḥarram, on lut, à Dār al-Ḫilāfa, au cours du cortège officiel, un écrit traitant des doctrines des gens de la Sunna, dans lequel on déclarait : « Quiconque affirme que le Coran est créé est un mécréant dont le sang est licite. »