était changeur de monnaies ; puis les circonstances tournèrent en sa faveur, si bien qu’il exerça la vizirat auprès de Bahāʾ ad-Dawla ibn ʿAḍud ad-Dawla. Il amassa d’immenses richesses et fit construire une vaste demeure connue sous le nom d’al-Fakhrīya, qui appartenait à l’origine au calife al-Muttaqî li-Llâh. Il y dépensa des sommes considérables et se montra d’une grande largesse : généreux, prodigue, multipliant les aumônes, il revêtit en un seul jour mille pauvres. Il accomplissait maintes prières et fut le premier à distribuer des friandises la nuit du quinzième de Shaʿbân. On lui connaissait toutefois une inclination pour le chiisme. Cette année-là, Sulṭān ad-Dawla le fit exécuter à Ahwāz et s’appropria une grande partie de ses biens, à savoir plus de six cent mille dinars, sans compter ses propriétés, ses joyaux, son mobilier et ses effets. Lorsqu’il fut tué, il avait cinquante-deux ans passés.
On rapporte, pour expliquer sa perte, qu’un homme avait été tué par l’un de ses esclaves. La veuve de la victime porta plainte auprès du vizir et déposa plusieurs requêtes auxquelles il ne prêta aucune attention. Un jour, elle lui dit :
« Ô vizir, as-tu vu les requêtes que je t’ai adressées et auxquelles tu ne fais aucun cas ? Je les ai désormais soumises à Allâh – glorifié soit Sa majesté –, et j’attends le décret qui les concerne. »
Lorsque le vizir fut arrêté, il déclara : « Par Allâh ! le décret en faveur de cette femme est bel et bien sorti. » Il advint alors ce qui advint.
Puis vint l’année 408 de l’Hégire.
Cette année-là, une grande sédition éclata à Bagdad entre les gens de la Sunna et les Râfiḍah ; un grand nombre de personnes furent tuées de part et d’autre.
Durant la même année, Abû l-Muẓaffar ibn Arslān Khāqān s’empara des pays situés au-delà du fleuve et d’autres contrées encore, prenant le titre de Sharaf ad-Dawla, après le décès de son frère Ṭaghān Khān. Celui-ci, homme de lettres éminent, ami des savants et des gens de piété, avait mené une expédition contre les Turcs ; il en tua deux cent mille, fit cent mille prisonniers et s’appropria une quantité d’ustensiles en or, en argent et en porcelaine chinoise telle qu’on n’en avait jamais vue. À sa mort, les rois turcs s’emparèrent des contrées orientales.
Au cours du mois de Jumādâ al-Ula, Abû l-Ḥusayn Aḥmad ibn Muhadhdhab ad-Dawla Abû l-Ḥasan ʿAlî ibn Naṣr reçut le gouvernement des marais (al-Baṭāʾiḥ) à la suite du décès de son père. Son cousin l’attaqua, le vainquit et le frappa jusqu’à le tuer ; son règne fut donc bref, et il pérît à son tour. Le territoire revint ensuite à Sulṭān ad-Dawla, maître de Bagdad.
Cette année-là encore, la puissance des Daylamites à Bagdad s’affaiblit ; la populace s’enhardit contre eux, si bien qu’ils se retirèrent à Wāsiṭ, où les habitants, appuyés des Turcs, les combattirent.
La même année, Nūr ad-Dawla Abû l-Aʿazz Dubays ibn Abî l-Ḥasan ʿAlî ibn Mazīd accéda au pouvoir à la suite du décès de son père.