Poète unanimement reconnu, d’une générosité sans limite, magnanime et d’une piété scrupuleuse,
quelqu’un déclara : « Le šarîf ar-Raḍî fut le plus grand poète de Qurayš. »
Parmi ses vers les plus recherchés, l’on cite :
Achète la gloire au prix qu’il te plaira ; jamais l’honneur n’est trop cher,
Fût-ce de menues pièces d’or ou de longues lances de fer. (1)
N’est point dupé celui qui, de son bien, paie la grandeur convoitée ; (2)
Le trésor n’est conservé que pour répondre aux besoins des braves,
Et le preux est celui qui fait de son or le prix des hauts exploits.
Parmi ses autres poèmes :
Ô tourterelle du bân, qui modules ton chant sur la branche fleurie,
Pourquoi, ô tourterelle du bân, ton gémissement vient–il raviver ma mélancolie ?
Porterais-tu à celui dont mon cœur est épris ce message : le généreux affranchi soulage la détresse du captif ?
Crime que nul, si ce n’est son regard, ne commit le jour de l’adieu ; hélas ! que mon désir pour le coupable est intense ! (3)
N’étaient les souvenirs des jours à Dhî Salam, près de Râma, où reposent mes espoirs et ma patrie,
Je n’aurais pas attisé le feu du désir dans ma poitrine ni baigné mes paupières de la rosée des larmes. (4)
On attribua encore au Raḍî un poème dans lequel il courtisait le « Ḥākim » al-ʿUbaydî et exprimait le vœu d’être dans son pays, sous sa protection ; plût au Ciel que cela eût été, afin qu’on vît la place qu’il aurait occupée auprès de lui ! Si le calife abbasside avait fait preuve d’habileté politique, il l’aurait envoyé là-bas pour satisfaire son désir et pour que chacun pût constater son véritable état ; mais la longanimité des Abbassides est abondante (5).
Il dit dans ce poème :
Je porte l’humiliation dans la terre des ennemis,
Alors qu’en Égypte règne le calife ‘Alide, mon cousin chéri.
Celui dont le père est mon père et dont le maître est mon maître, lorsque l’étranger lointain me tyrannise ;
Mon sang se rattache au sang des maîtres des hommes, Muḥammad et ‘Alî.
Auprès de son séjour, ma crainte se mue en sûreté, et par sa source ma soif est étanchée.
Lorsque le calife al-Qâdir eut vent de ce poème, il s’en émut et dépêcha un messager auprès de son père, le šarîf al-Ṭâhir Abû Aḥmad.