Au cours de cette même année, il parvint des pèlerins la nouvelle que quatorze mille d’entre eux étaient morts de soif, tandis que six mille furent épargnés, et qu’en proie à la soif ils avaient bu l’urine des chameaux.
Durant cette année encore, Maḥmūd ibn Subuktagīn entreprit une expédition contre les territoires de l’Inde. Les guides le conduisirent à travers des contrées inconnues jusqu’à une région que l’eau de la mer avait submergée ; il s’avança lui-même dans l’eau plusieurs jours avant qu’ils n’en réchappassent. Une grande partie de son armée se noya, et il regagna le Ḫurāsān au terme d’épreuves éprouvantes. Cette année-là, aucun convoi ne partit d’Irak, les pays ayant été dévastés par les Bédouins.
Parmi les notables décédés durant cette année :
Le shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī (1), Aḥmad ibn Muḥammad ibn Aḥmad, chef de file des shāfiʿites de son temps, né en l’an 344 de l’Hégire.
Il arriva à Bagdad encore enfant, en 363 ou 364 H, et y étudia la jurisprudence auprès d’Abū al-Ḥasan ibn al-Marzabān, puis d’Abū al-Qāsim al-Dārakī. Sans cesse il gravit les échelons jusqu’à ce que la direction de l’école shāfiʿite revînt entre ses mains ; son prestige fut immense auprès du pouvoir comme du peuple. Homme digne de confiance, imâm, jurisconsulte, illustre et noble, il commenta le « Mukhtaṣar » d’al-Muzanī dans une ample glose d’environ cinquante volumes et rédigea une autre glose en uṣûl al-fiqh. Il transmit des ḥadîths d’Abū Bakr al-Ismāʿīlī et d’autres.
Al-Khaṭîb al-Baghdādî (2) rapporte : « Je l’ai vu à maintes reprises et ai assisté à son cours dans la mosquée de ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak, à Qaṭīʿat al-Rabīʿ. Al-Azjī et al-Khallāl nous ont rapporté de sa part, et j’ai entendu dire que sept cents jurisconsultes ou étudiants assistaient à son enseignement. Les gens disaient : “Si l’imâm al-Shāfiʿī l’avait vu, il s’en serait réjoui.” »
Abū al-Ḥusayn al-Qudūrī déclara : « Je n’ai vu, chez les shāfiʿites, personne de plus versé en fiqh qu’Abū Ḥāmid. »
J’ai exposé sa biographie de façon détaillée dans les « Ṭabaqāt ash-Shāfiʿiyyah » (3).
Ibn Ḫallikān rapporte dans « al-Wafayāt » (4) qu’al-Qudūrī disait encore : « Il est plus éminent en fiqh et plus pénétrant qu’al-Shāfiʿī lui-même. »