d’une profonde compassion. Il ordonna alors à deux hommes qui se trouvaient auprès de lui de l’accompagner jusqu’à la demeure qu’elle souhaiterait atteindre. Elle ferma sa porte, remit la clef à sa voisine, puis partit avec eux jusqu’à ce qu’elle arrivât à la maison de son bien-aimé. Elle frappa, entra, et dit aux deux hommes : « Allez, que Dieu vous guide ; c’est bien ici sa demeure. » Il s’agissait en effet de la maison d’un homme qu’elle aimait et qui l’aimait. Il lui demanda : « Comment as-tu pu parvenir jusqu’à moi ? » Elle l’informa du stratagème qu’elle avait ourdi aux dépens du juge, ce qui l’émerveilla de sa ruse et de son habileté.
Son mari rentra à la fin du jour, trouva sa porte close et la maison vide. Il interrogea les voisins ; sa voisine lui raconta alors ce qu’elle avait fait. Il se plaignit aussitôt du juge, se rendit auprès de lui et lui dit : « Je ne veux recouvrer ma femme que par toi, sur-le-champ ; sinon, j’en référerai au Ḥākim. Elle n’a aucun frère, elle est simplement partie rejoindre son amant. » Le juge craignit le déshonneur que cette affaire pouvait lui attirer ; il se rendit donc chez le Ḥākim, en pleurs. Celui-ci l’interrogea ; il lui exposa ce qui s’était passé avec la femme. Le Ḥākim envoya alors, avec les deux hommes qui l’avaient escortée sur ordre du juge, des agents chargés d’amener l’homme et la femme, quel que fût l’état dans lequel on les trouverait. On les trouva enlacés, ivres. Le Ḥākim les questionna ; ils se confondirent en excuses inutiles. Il ordonna que la femme fût brûlée dans le désert et que l’homme fût fouetté violemment jusqu’à ce qu’il en mourût. Le Ḥākim redoubla encore sa surveillance sur les femmes, les confinant plus étroitement qu’un lézard dans son terrier, et il persista ainsi jusqu’à sa mort. Ibn al-Jawzī le rapporte (1).
En rajab, Abū l-Ḥasan Aḥmad ibn Muḥammad ibn Abī l-Shawārib fut investi de la magistrature de la cour après le décès d’Abū Muḥammad ibn al-Akfānī.
La même année, Fakhr al-Mulk (2) fit édifier une mosquée dans le quartier oriental et y fit poser des croisillons de fer.
Parmi les notables décédés cette année-là :
– Bakr ibn Shādhān ibn Bakr (3), Abū l-Qāsim, maître-récitateur et prédicateur ; il avait entendu le ḥadîth d’Abū Bakr al-Shāfiʿī et de Jaʿfar al-Khuldī (4). Ont rapporté de lui al-Azharī et al-Khallāl. Il était digne de confiance, sûr, vertueux, dévoué, ascète, assidu à la prière nocturne et d’un caractère généreux. Il mourut cette année, âgé de plus de quatre-vingts ans, et fut inhumé à Bāb Ḥarb.
– Badr ibn Ḥasnūyah ibn al-Ḥusayn (5), Abū l-Najm al-Kurdī, était l’un des meilleurs souverains de la région de Dīnawar et Hamadhān, doué d’adresse politique et prodigue en aumônes. Al-Qādir bi-Llâh le surnomma Abū l-Najm, lui conféra le titre de Nāṣir al-Dawlah et lui envoya un étendard qu’il lui fit parvenir,