À l’instar de ceux qui l’avaient précédé parmi les Banû Buwayh, il se distinguait par une avarice extrême. Il mourut à Arrajân (1), au mois de Jumâdâ al-Âkhirah de cette année, à l’âge de quarante-deux ans, neuf mois et vingt jours. Son règne avait duré vingt-quatre ans et trois mois. Il était sujet à des accès d’épilepsie et fut inhumé au Mašhad ʿAlî, auprès de son père.
Qâbûs b. Wašmukîr (2). Les notables de son royaume se retournèrent contre lui et prêtèrent allégeance à son fils Manûǧahr, qui mit son père à mort, comme nous l’avons mentionné dans les événements. Ayant consulté les astres, Qâbûs y avait vu que son propre fils le tuerait ; il s’imaginait qu’il s’agirait de son fils Dârâ, en raison de l’opposition manifeste de celui-ci, et ne soupçonnait nullement Manûǧahr, tellement ce dernier lui obéissait. Sa perte advint pourtant de sa main. Nous avons déjà cité, dans le récit des événements, quelques-uns de ses beaux et excellents poèmes.
Le qâḍî Abû Bakr al-Bâqillânî (3), Muḥammad b. al-Ṭayyib, était le chef des mutakallimûn suivant la voie du shaykh (4) Abû al-Ḥasan ʿAlî b. Ismâʿîl al-Ashʿarî, et l’un des savants à avoir le plus disserté et rédigé en matière de kalâm. On dit qu’il ne se couchait aucune nuit sans écrire vingt feuillets, et cela durant de longues années de sa vie ; d’où la vaste diffusion de ses ouvrages. Parmi les meilleurs figurent : al-Tabsira, Daqâʾiq al-Ḥaqâʾiq, al-Tamhîd fî Uṣûl al-Fiqh, Šarḥ al-Ibâna, ainsi que d’autres recueils, volumineux ou concis. Parmi ses compositions les plus remarquables se trouve son traité de réfutation des Bâṭiniyya, intitulé Kašf al-Asrâr wa-Hatk al-Astâr. Les opinions divergent quant à son école juridique dans les furûʿ : certains le disent šâfiʿite, d’autres mâlikite ; c’est ce qu’a rapporté Abû Ḏarr al-Harawî. On a encore avancé qu’il écrivait sur les fatwas : « Rédigé par Muḥammad b. al-Ṭayyib, le ḥanbalite », ce qui est fort singulier. Il possédait, en tout cas, une intelligence et une perspicacité extraordinaires.
Al-Khaṭîb al-Baghdâdî (5) et d’autres rapportent que ʿAḍud al-Dawla l’envoya en mission auprès du roi des Byzantins. Lorsqu’il arriva devant lui, il constata qu’on n’entrait en sa présence qu’en passant par une porte basse ; al-Bâqillânî comprit que le souverain voulait ainsi contraindre quiconque se présentait à s’incliner.