Cette année-là, l’épreuve fut si âpre – comparable à l’amertume du coloquinte – que près de quinze mille pèlerins moururent de soif ; le reste fut capturé, réduit à garder les troupeaux de leurs agresseurs dans les pires conditions, et l’on s’empara de toutes leurs charges et de leurs chameaux. Lorsque le vizir Fakhr al-Mulk les fit amener, il les emprisonna, leur refusa l’eau, puis les fit crucifier face au Tigre : ils voyaient la limpidité du fleuve sans pouvoir en boire, jusqu’à périr de soif, juste châtiment à la mesure de leurs forfaits. Fakhr al-Mulk agit fort bien en cela, s’inspirant du ḥadîth rapporté par Anas au sujet des bergers du temps du Prophète ﷺ, ḥadîth consigné dans les deux Ṣaḥîḥs (1).
Ensuite, il envoya chercher les pèlerins détenus au pays des Banû Khafâja ; on les ramena, alors que leurs femmes s’étaient remariées et que leurs biens avaient été partagés. On les restitua à leurs familles et à leurs avoirs.
Ibn al-Jawzî (2) rapporte : « Au mois de Ramaḍân, un astre traversa le ciel d’orient en occident ; son éclat surpassa celui de la lune, il se fragmenta et demeura visible un long moment. »
Il ajoute : « En Shawwâl, l’épouse de l’un des chefs chrétiens (3) mourut. Les pleureuses sortirent au grand jour, accompagnées de croix. L’un des Hâchimites s’y opposa ; un des valets de ce chef chrétien le frappa à la tête d’un gourdin et le blessa. Les musulmans se soulevèrent, les chrétiens prirent la fuite et se réfugièrent dans une église. La populace y pénétra, pilla son contenu ainsi que les maisons chrétiennes voisines, puis poursuivit les chrétiens dans la ville. Ils se rendirent aux demeures d’al-Nâṣih et d’Ibn Abî Isrâ’îl ; leurs serviteurs offrirent résistance, si bien que la fitna se propagea à Bagdad. Les musulmans brandirent les muṣḥafs dans les marchés, et la prière du vendredi fut suspendue certains jours. Ils sollicitèrent l’aide du calife, qui ordonna de faire comparaître Ibn Abî Isrâ’îl ; ce dernier refusa. Le calife résolut alors de quitter Bagdad ; la sédition s’intensifia et nombre de maisons chrétiennes furent pillées. Finalement, Ibn Abî Isrâ’îl fut présenté, offrit de fortes sommes et obtint le pardon ; le trouble s’apaisa.
En Dhû al-Qaʿda, une lettre de Yamîn al-Dawla Maḥmûd b. Subuktigîn parvint au calife : il y rapportait qu’un envoyé du Ḥâkim, souverain d’Égypte, lui avait remis une épître l’appelant à se soumettre à son autorité ; il cracha dessus, ordonna de la déchirer et adressa au messager les paroles les plus dures.
La même année, Abû Naṣr b. Marwân le Kurde reçut le gouvernement d’Âmid (4), Mayyâfâriqîn (5) et Diyâr Bakr (6) ; on le revêtit d’un collier et de deux bracelets, et on le gratifia du laqab de Naṣîr ad-Dawla.