Ensuite survint l’an trois cent quatre-vingt-dix-huit. Cette année-là, Yamīn ad-Dawla Maḥmūd ibn Subuktakīn entreprit une expédition contre les contrées de l’Inde. Il conquit de nombreuses forteresses et s’empara de biens considérables ainsi que de joyaux précieux. Parmi ce qu’il prit, il trouva notamment une maison longue de trente coudées et large de quinze, entièrement remplie d’argent. Lorsqu’il rentra à Ghazna, il étendit tous ces trésors dans la cour de sa demeure et autorisa les émissaires des rois à entrer. Ceux-ci virent alors ce qui les frappa de stupeur et les effraya.
Le mercredi onzième (1) de Rabīʿ al-Ākhir, une abondante chute de neige se produisit à Bagdad, au point que l’épaisseur atteignit une coudée et demie sur le sol et demeura ainsi pendant une semaine sans fondre. On rapporte qu’il neigea jusqu’à Tikrīt, Koufa, ʿAbbādān et les Nahrawānāt (2).
Dans ce même mois, les vols se multiplièrent – qu’ils fussent cachés ou ouverts –, y compris dans les mosquées et les sanctuaires. La police captura néanmoins un grand nombre de voleurs, leur trancha les mains et les cloua (3). Ainsi, la discorde s’apaisa, louange et gratitude à Dieu (4).
(Histoire du muṣḥaf de ʿAbd Allāh ibn Masʿūd – que Dieu l’agrée – et son incinération, d’après la fatwā du shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, telle que rapportée par Ibn al-Jawzī dans « al-Muntaẓam ».)
Le dixième de Rajab, une fitna éclata entre les Râfiḍa (chiites) et les sunnites. Elle débuta lorsqu’un homme hachémite se rendit auprès d’Abū ʿAbd Allāh Muḥammad ibn an-Nuʿmān, connu sous le nom d’Ibn al-Muʿallim – qui était un faqīh chiite –, dans sa mosquée du Durb Rabāḥ, et proféra des insultes à son encontre. Ses partisans se soulevèrent alors et en appelèrent aux gens du quartier de Karkh. Ceux-ci se rendirent à la demeure du juge Abū Muḥammad ibn al-Akfānī et du shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, provoquant une importante et longue émeute. Les chiites présentèrent ensuite un muṣḥaf qu’ils attribuaient à ʿAbd Allāh ibn Masʿūd, et qui différait de tous les autres exemplaires coraniques. On réunit alors les notables, les cadis et les fuqahāʾ un vendredi, lors de la dernière nuit de Rajab, pour l’examiner. Le shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī et les juristes préconisèrent de le brûler, ce qui fut fait en leur présence. Les chiites s’en indignèrent vivement et, la nuit du quinzième de Shaʿbān, ils invoquèrent contre ceux qui avaient agi de la sorte et les maudirent. Un groupe de leurs jeunes gens se dirigea alors vers la demeure du shaykh Abū Ḥāmid pour lui porter préjudice, ce qui le contraignit à déménager vers une autre maison.