On remarquait chez lui un élan et une aspiration à l’égard du Résurrecteur issu de la descendance de Hishâm ibn ‘Abd al-Malik al-Omeyyade. Puis il s’installa dans une région d’Égypte, au sein d’une tribu arabe, où il enseignait aux enfants, tout en affichant une grande piété, un ascétisme marqué, la pratique du culte et la crainte de Dieu. Il se prévalait également de révéler certaines choses cachées, si bien que les gens se soumirent à lui et le considérèrent avec grande vénération. Par la suite, il se proclama lui-même chef et affirma être celui que les Omeyyades attendaient. Ils lui prêtèrent alors allégeance, l’appelèrent « Commandeur des croyants » et il se donna le titre de « Révolté par l’ordre de Dieu, victorieux de Ses ennemis ». Il entra à Barqa à la tête d’une grande troupe (1). Les habitants de la région réunirent pour lui environ deux cent mille dinars. Il s’empara aussi d’un homme juif, qu’il soupçonnait de détenir des dépôts, et en soutira deux cent mille dinars supplémentaires. Il fit graver ses titres sur les dirhams et les dinars, prêcha au peuple le vendredi et maudit al-Hâkim dans son sermon — ce qui fut fort juste — puis près de seize mille soldats se rallièrent à Abû Rakwa.
Lorsque la nouvelle parvint à al-Hâkim et qu’il apprit la tournure des événements, il envoya cinq cent mille dinars et cinq mille tuniques de soie au commandant des armées d’Abû Rakwa, al-Fadl ibn ‘Abd Allâh (2), afin de l’attirer à lui et de le détourner d’Abû Rakwa. Sitôt l’argent reçu, al-Fadl changea de camp, annonçant à Abû Rakwa : « Nous ne pouvons pas tenir tête à al-Hâkim, et tant que tu restes parmi nous, nous sommes traqués à cause de toi ; choisis donc un pays où t’installer. » Abû Rakwa répondit : « Je vous demande de m’envoyer deux cavaliers pour m’accompagner jusqu’en Nubie, car il y a entre le roi de ce pays et moi-même amitié et proximité. » Ils l’y envoyèrent, mais dépêchèrent ensuite des hommes pour le rattraper et le ramener à al-Hâkim en Égypte. Lorsqu’il fut présenté à ce dernier, al-Hâkim le fit monter sur un chameau et l’exposa au public, puis le mit à mort le lendemain. Al-Hâkim honora ensuite al-Fadl, lui attribua de nombreuses concessions, mais lorsqu’al-Fadl tomba malade, al-Hâkim lui rendit visite à deux reprises. Une fois guéri, il le fit exécuter à son tour, le gratifiant d’une « récompense de crocodile ».
Au cours du mois de Ramadân, Qirwâsh fut destitué de la charge qu’il détenait, et Abû al-Hasan ‘Alî ibn Mazîd la reçut à sa place, avec le titre de « Sand ad-Dawla ». Cette même année, Yamîn ad-Dawla Mahmûd ibn Subuktikîn repoussa Itlak Khân, roi des Turcs, hors du Khurâsân et massacra un grand nombre de ses troupes. Durant cette année encore, Abû al-‘Abbâs ibn Wâsil fut tué ; sa tête fut envoyée à Bahâ’ ad-Dawla et promenée en triomphe dans le Khurâsân et le Fârs.
Cette année-là, alors que les pèlerins se trouvaient en route, un vent noir et très sombre se déchaîna contre eux. Ils furent interceptés par Ibn al-Jarrâh, émir des Bédouins, qui les empêcha de poursuivre leur voyage, si bien qu’ils manquèrent le pèlerinage et durent retourner à Bagdad, où ils arrivèrent le jour de at-Tarwiyya. Dans les Deux Lieux saints (3), la khutba (sermon du vendredi) était alors prononcée au nom des Égyptiens.
Parmi les personnages notables décédés cette année, on compte également ‘Abd as-Samad ibn ‘Umar ibn Muhammad ibn Isḥâq, Abû al-Qâsim ad-Dînawrî, le prédicateur et ascète.