Cette année-là, Yamin ad-Dawla Mahmûd ibn Subuktigîn entreprit une expédition contre l’Inde, s’empara de grandes cités, acquit des richesses considérables et captura certains de leurs rois, parmi lesquels celui de Karâshî qui lui échappa au moment de la conquête de la ville. Mahmûd y brisa les idoles, le contraignit à porter une ceinture qu’il lui attacha à la taille après une longue résistance, puis il lui trancha l’auriculaire avant de le libérer, à la fois pour l’humilier et pour montrer la grandeur de l’islam et de ses adeptes (1).
La même année, la khuṭba (prône) fut prononcée en faveur d’al-Ḥākim al-‘Ubaydî dans les deux Lieux saints. Il fut instauré que, lorsque le prédicateur mentionnait le nom d’al-Ḥākim, tous se levaient par respect pour lui (2). De même, on agissait ainsi dans les territoires d’Égypte, avec en outre la prosternation devant lui (2) : chacun se prosternait lorsqu’il était cité, que ce fût pendant la prière ou dans les marchés, tous se prosternant dès que l’un d’entre eux le faisait. Qu’Allâh les maudisse !
Parmi les notables décédés cette année-là, on compte Abû Sa‘d [al-Ismâ‘îlî] (3) : Ismâ‘îl ibn Aḥmad ibn (4) Ibrâhîm ibn Ismâ‘îl al-Jurjânî, connu sous le nom d’al-Ismâ‘îlî. Il se rendit à Bagdad du vivant d’ad-Dâraquṭnî ; il rapporta des traditions de son père Abû Bakr al-Ismâ‘îlî (5), ainsi que d’al-Aṣamm et d’Ibn ‘Adî. Parmi ceux qui recueillirent également sa transmission, on compte al-Khallâl et at-Tanûkhî. Il faisait autorité, était cultivé et jurisconsulte suivant l’école shaféite, possédait une bonne maîtrise de la langue arabe et se montrait généreux envers les gens de savoir. Doué de conscience religieuse et jouissant d’un statut éminent, il transmit cette réputation jusque chez ses descendants dans sa région.
Al-Khaṭīb al-Baghdâdî rapporte : « J’ai entendu le shaykh Abû aṭ-Ṭayyib aṭ-Ṭabarî dire : “Abû Sa‘d al-Ismâ‘îlî arriva à Bagdad. Les jurisconsultes organisèrent deux assemblées en son honneur : la première fut présidée par le shaykh Abû Ḥâmid al-Isfarâ’înî et la seconde par Abû Muḥammad al-Bâfî. Ce dernier envoya son fils, Abû al-Faḍl, auprès du qâḍî al-Mu‘afâ ibn Zakariyyâ al-Jarîrî pour l’inviter à assister au conseil et lui donner plus d’éclat par sa présence. Dans ce message, il avait écrit ces deux vers :
« Lorsque le grand juge honore son allié et son compagnon, il le trouvera digne de reconnaissance. / J’ai un besoin dont mon fils vient lui faire part, et il sollicite en sa faveur la plus grande bienveillance. »
Al-Jarîrî lui répondit par l’intermédiaire du fils du shaykh.”