Et voici qu’il était écrit sur le feuillet : « En vérité, Dieu retient les cieux et la terre pour qu’ils ne disparaissent pas » (Fâtir, 41). Au nom de Dieu, Celui qui retient les cieux et la terre : qu’Il la retienne.
Puis débuta l’année trois cent quatre-vingt-quatorze (de l’Hégire). Cette année-là, Bahā’ al-Dawla confia au sharif Abū Aḥmad al-Ḥusayn ibn Aḥmad ibn Mūsā al-Mūsawī la fonction de juge suprême (Qāḍī al-Quḍāt), la supervision du pèlerinage (ḥajj) et des plaintes (maẓālim), ainsi que la direction des descendants de Ṭālib (niqābat al-ṭālibiyyīn). On lui décerna le titre de « al-Ṭāhir al-Awḥad, détenteur de nobles vertus », et son investiture lui fut remise à Shiraz(1). Cependant, lorsqu’on transmit la lettre à Bagdad, le calife al-Qādir bi-llāh ne l’autorisa pas à exercer la fonction de Qāḍī al-Quḍāt, ce qui suspendit sa situation.
Au cours de la même année, Abū al-ʿAbbās ibn Wāṣil s’empara du territoire d’al-Baṭīḥa, en expulsant Muhadhdhab al-Dawla. Le chef des armées marcha alors contre lui pour le lui reprendre, mais Ibn Wāṣil le vainquit et s’empara de ses biens et de ses provisions. Parmi les biens confisqués dans la tente du trésor, il trouva trente mille dinars et cinquante mille dirhams.
Cette année-là encore, la caravane irakienne se mit en route vers le Hedjaz(2) en une grande troupe fastueuse. Ils furent attaqués par al-Uṣayfar, émir des bédouins, qui voulait les piller. Pour négocier un arrangement financier au bénéfice des pèlerins et leur permettre d’accomplir le ḥajj, ils lui envoyèrent deux jeunes hommes particulièrement doués dans la récitation coranique : Abū al-Ḥusayn al-Raffāʾ et Abū ʿAbd Allāh ibn al-Daḥājī, réputés pour être parmi les plus belles voix de lecture. Lorsqu’ils se présentèrent à lui, ils récitèrent tous deux (les dix lectures) avec des voix puissantes et mélodieuses(2), ce qui impressionna et émerveilla grandement al-Uṣayfar.
Il leur demanda : « Comment vivez-vous à Bagdad ? » Ils répondirent : « Nous y vivons aisément ; les gens nous honorent, nous envoient or, argent et présents. » Il dit : « L’un d’eux vous a-t-il jamais offert un million(3) de dinars en une seule journée(4) ? » Ils répondirent : « Non, pas même mille dinars en un seul jour. » Il rétorqua : « Eh bien, moi, je vous donne un million de dinars [en ce moment même, et je vous remets les pèlerins ; sans vous, je ne me serais pas contenté de ce million]. » Ainsi, il libéra la caravane grâce à eux ; il n’importuna personne, et les voyageurs poursuivirent leur route sains et saufs, remercient ces deux lecteurs.
Lorsque les pèlerins parvinrent à ʿArafāt, ces deux hommes récitèrent d’une voix puissante depuis le Mont de la Miséricorde, et tous fondirent en larmes(4) dans les diverses caravanes à l’écoute de leur récitation. Ils dirent alors aux Irakiens : « Vous n’auriez pas dû partir avec ces deux hommes ensemble, de peur qu’ils ne soient tous deux touchés par un malheur ; il aurait mieux valu n’en faire partir qu’un, afin que, si l’un était frappé, l’autre soit préservé. »