Il en avait un esclave beau à voir, borgne : il possédait un œil qui avait dominé tout autre œil, tandis que l’autre œil avait été frappé par les regards.
(1) Abû l-Hasan ‘Alî ibn ‘Abd Al-‘Azîz al-Jurjânî (2), juge à Rayy, était un poète talentueux (3). Il étudia le hadith et gravit les échelons du savoir au point que l’on reconnaissait son éminence dans ce domaine. Il composa de beaux vers, parmi lesquels :
« Ils me disent : “En ta présence, il y a de la réserve.” Or ils ont seulement vu
Un homme qui s’est éloigné de toute situation humiliante.
Je constate que celui qui s’abaisse à leur niveau devient méprisable à leurs yeux.
Quant à celui à qui la dignité de l’âme confère de l’honneur, on l’en honore à son tour.
Je n’aurais pas servi la science comme il se doit si, chaque fois qu’un désir se manifeste,
Je l’employais comme un marchepied pour mes intérêts.
S’il m’arrivait de dire : “Cette source est accessible !”, je répondrais :
“Je le sais, mais l’âme libre peut supporter la soif.”
Je ne me suis pas dépensé au service du savoir
Pour servir quiconque je rencontrais, mais pour être, moi-même, utile.
S’il devait m’arriver de souffrir pour en planter la graine et, au bout du compte, d’en récolter l’humiliation,
Alors l’achat de l’ignorance eût été une démarche plus avisée.
Si seulement les gens de science l’avaient préservée, elle les aurait préservés ;
S’ils l’avaient magnifiée dans leurs cœurs, elle se serait, elle-même, magnifiée.
Mais ils l’ont ravalée au point qu’elle s’est déconsidérée ;
Ils ont sali son visage par leurs intérêts mesquins, si bien qu’elle s’est assombrie. »
Un autre poème remarquable de lui dit :
« Je n’ai goûté au plaisir de la vie qu’après
M’être tenu en tête-à-tête avec la maison et le livre.
Rien n’est à mes yeux plus délectable que la science ;
Je ne cherche d’autre confident qu’elle.
L’abaissement ne provient que de la fréquentation des gens ;
Laisse-les donc, et vis en homme libre et souverain. »
Il a également dit :
« Si tu veux emprunter de l’argent pour le dépenser
Sur les désirs de l’âme en temps de disette,
Demande donc à ton propre for intérieur de t’en avancer
Et de t’accorder un délai jusqu’aux jours d’aisance. »