Il possédait un million de dirhams, trois mille charges de vêtements, deux mille charges pour l’armurerie, mille cinq cents charges de tapis, et d’autres biens à la mesure des rois. Pourtant, la nuit où il mourut, il fut impossible d’accéder à quoi que ce fût de son argent, et il ne reçut pour linceul que le vêtement d’un homme parmi ceux qui résidaient dans la mosquée. On s’occupa de la succession au trône et, lorsque la royauté revint à son fils Roustoum, le corps commença à se corrompre et personne ne put s’en approcher. On l’attacha alors à des cordes et on le traîna sur les marches de la citadelle, au point qu’il se déchira (1).
Ibn Samʿoûn al-Wâʿiẓ (2) : Il s’agit de Muḥammad b. Aḥmad b. Ismāʿīl b. ʿAnbas (3) b. Ismāʿīl, Abū l-Ḥusayn Ibn Samʿoûn al-Wâʿiẓ, l’un des hommes pieux et des savants. On le surnommait « celui qui s’exprime avec sagesse ».
Il rapporta des hadiths de l’autorité d’Abū Bakr ibn Abī Dâwūd et de ses contemporains. Il était renommé pour son talent dans la prédication, ainsi que pour sa finesse dans la pratique spirituelle. On lui attribuait des miracles et des dons de clairvoyance. Un jour, alors qu’il prêchait sur la chaire, Abū l-Fatḥ ibn al-Qawwâs – un homme connu pour sa grande piété – se trouvait au-dessous de lui. Or, Ibn al-Qawwâs s’assoupit. Ibn Samʿoûn interrompit aussitôt son prêche jusqu’à ce qu’il se réveille. Quand celui-ci ouvrit les yeux, Ibn Samʿoûn lui demanda : « As-tu vu le Messager d’Allah (ﷺ) en rêve à l’instant ? » Il répondit : « Oui. » Alors Ibn Samʿoûn poursuivit : « C’est pour cela que j’ai cessé de prêcher, afin de ne pas te distraire de ce que tu étais en train de vivre. »
Un homme avait une fille gravement malade. Le père vit le Messager d’Allah (ﷺ) en rêve. Le Prophète lui dit : « Va donc trouver Ibn Samʿoûn pour qu’il se rende chez toi et invoque Allah en faveur de ta fille ; elle sera guérie, si Dieu le veut. » Au matin, il se rendit chez Ibn Samʿoûn pour l’inviter à venir. Dès qu’il le vit, ce dernier se leva, s’habilla et l’accompagna. Le père pensa qu’il se dirigeait vers le lieu de sa prédication et se dit : « Je lui expliquerai la situation en chemin. » Mais arrivés devant la demeure, le cheikh y entra aussitôt ; on amena la jeune fille, il invoqua Allah en sa faveur, puis repartit. Elle guérit sur-le-champ.
Le calife al-Ṭāʾiʿ li-llāh le fit appeler avec colère, et l’on craignait qu’il ne s’en prenne à Ibn Samʿoûn. Mais quand ce dernier se présenta devant lui, il commença à prêcher, citant principalement les paroles de l’Émir des croyants ʿAlī ibn Abī Ṭâlib. Le calife en fut si ému qu’on l’entendit sangloter, et Ibn Samʿoûn quitta l’assemblée couvert d’honneurs.
On demanda au calife : « Pourtant, vous l’aviez convoqué dans un accès de colère ? » Il répondit : « On m’avait rapporté qu’il rabaissait la valeur de ʿAlī. Je voulais donc le châtier. Or, lorsqu’il vint, il ne cessa de mentionner la grandeur de ʿAlī. J’ai compris alors qu’il était inspiré et qu’il avait eu vent de ce qui me traversait l’esprit à son égard. »