Dans certaines circonstances, on le mit sous pression et il lui dit (1) : « Par Celui qui a exalté les chrétiens par ʿĪsā ibn Nasṭūrūs, qui a donné la force aux juifs par Mīshā et qui a humilié les musulmans par toi, je t’en conjure : délivre-moi de l’injustice qui me frappe. » Sur ce, il ordonna l’arrestation de ces deux vizirs et saisit chez le chrétien (2) trois cent mille dinars (3).
Au cours de cette même année, la fille de ʿAḍud ad-Dawla, qui avait été l’épouse du calife al-Ṭāʾiʿ, vint à décéder. Ses biens furent apportés à son neveu Bahāʾ ad-Dawla ; ils comprenaient de nombreux joyaux, des présents précieux, des curiosités raffinées et d’autres objets.
[Puis arriva l’année trois cent quatre-vingt-sept (387).]
[Parmi les notables décédés cette année-là, on compte :]
Fakhr ad-Dawla, Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn Rukn ad-Dawla ibn Būyah. Son fils Rustam, alors âgé de quatre ans, fut désigné pour lui succéder, tandis que les proches conseillers de son père entreprirent d’administrer le royaume et de veiller aux affaires des sujets.
[Et parmi ceux qui moururent cette année-là (4) :]
Abū Aḥmad al-ʿAskarī le linguiste (5), c’est-à-dire al-Ḥasan ibn ʿAbd Allāh ibn Saʿīd. Il était une sommité dans son domaine, auteur d’ouvrages utiles en linguistique et dans d’autres disciplines. On dit qu’il penchait vers le muʿtazilisme. Lorsque le grand vizir al-Ṣāḥib ibn ʿAbbād, accompagné de Fakhr ad-Dawla, arriva dans la ville où résidait Abū Aḥmad al-ʿAskarī — déjà très âgé —, il lui envoya un billet contenant ces vers :
« Et lorsque vous avez refusé de nous rendre visite,
expliquant : “Nous sommes trop faibles pour supporter la course” (6),
nous sommes venus à vous, traversant de lointaines contrées pour vous visiter.
Que de demeures neuves ou familières avons-nous parcourues !
Nous vous supplions : y a-t-il un peu d’hospitalité pour votre hôte,
par un long voisinage plutôt qu’à force de remplir les coupes ? »