Et Asbât rapporta, d’après al-Suddî, d’après Abû Mâlik, et d’après Abû Sâlih, d’après Ibn ‘Abbâs, et d’après Murra, d’après Ibn Mas‘ûd, ainsi que d’après certains Compagnons, au sujet de la parole divine : « N’as-tu pas vu ceux qui sortirent de leurs demeures par milliers, craignant la mort, et à qui Dieu dit : “Mourez”, puis Il les ressuscita ? » (Coran 2:243). Ils dirent : « C’était un village appelé Dâwarn (1), près de Wâsiṭ, où sévit la peste. La plupart de ses habitants s’enfuirent et se réfugièrent dans une autre partie de la région, de sorte que ceux qui étaient restés au village moururent, tandis que ceux qui étaient partis furent épargnés ; parmi eux, il n’y eut que peu de décès. Lorsque la peste fut levée, les fuyards revinrent sains et saufs. Alors, ceux qui étaient morts dirent : “Nos compagnons ont été plus avisés que nous. Si nous avions agi comme eux, nous aurions survécu. Et si la peste se déclare à nouveau, nous fuirons avec eux.” L’année suivante, la peste réapparut et ils prirent la fuite, au nombre de trente et quelques milliers, jusqu’à ce qu’ils atteignent un lieu, une vallée très vaste (2). C’est alors qu’un ange les appela depuis le bas de la vallée, et un autre depuis le haut : “Mourez !” Ils périrent donc, et leurs corps restèrent inanimés. »
Un prophète nommé Hizqîl les aperçut tandis qu’il passait. Il s’arrêta devant eux, les observant et se mordant les lèvres et les doigts, perplexe devant leur état. Dieu lui révéla alors : « Veux-tu voir comment Je les ressuscite ? » Il répondit : « Oui. » Sa réflexion portait sur la puissance divine à leur égard. On lui dit : « Appelle-les ! » Il les appela : « Ô vous, les ossements, Dieu vous ordonne de vous rassembler. » Aussitôt, les os se mirent à voler les uns vers les autres jusqu’à former des corps faits d’os. Puis Dieu lui révéla de proclamer : « Ô vous, les ossements, Dieu vous ordonne de vous revêtir de chair ! » Ils furent alors recouverts de chair, de sang et de leurs propres vêtements dans lesquels ils étaient morts. Il lui fut ensuite ordonné d’appeler encore. Il s’exécuta : « Ô vous, les corps, Dieu vous ordonne de vous relever ! » Ils se levèrent aussitôt.
Asbât ajouta que, selon Manṣûr rapportant l’avis de Mujâhid, ces gens, une fois ressuscités, s’exclamèrent : « Gloire à Toi, ô Dieu, et louange à Toi ! Il n’est de divinité que Toi ! » Ils rejoignirent alors leurs semblables, vivants, tout en étant reconnus comme auparavant décédés, car l’empreinte (3) de la mort se lisait encore sur leurs visages. Ils ne portaient aucun vêtement sans que celui-ci ne se transforme en un linceul défraîchi (4), et ce, jusqu’à ce qu’ils meurent à leur terme fixé (5).
Ibn ‘Abbâs a rapporté qu’ils étaient quatre mille ; selon un autre avis de sa part, ils étaient huit mille. Abû Ṣâliḥ dit qu’ils étaient neuf mille ; encore selon Ibn ‘Abbâs, ils étaient quarante mille. Sa‘îd ibn ‘Abd al-‘Azîz mentionna qu’ils étaient originaires d’Aẕra‘ât (6). Ibn Jurayj, d’après ‘Aṭâ’, précisa qu’il s’agissait d’un exemple (mathal) : cela signifie qu’on en fit un exemple pour montrer clairement que « la prudence ne prévient pas le destin » (7). Toutefois, l’avis majoritaire (8) affirme qu’il s’agit d’un événement bien réel qui s’est effectivement produit.