Ad-Dâraquṭnî, grand ḥâfiẓ et maître de cette discipline à son époque, y excella bien avant et bien après, jusqu’à nos jours. Il écouta de nombreux ḥadiths, rassembla, classa, composa, fit preuve d’excellence et fut d’un grand bénéfice. Il distingua avec justesse et subtilité, sut sélectionner et critiquer. Il était l’unique de son temps, le maître de son époque dans la connaissance des noms des rapporteurs, l’art de déceler les anomalies (taʿlîl), la validation et la disqualification (al-jarḥ wa-t-taʿdîl), ainsi que dans la qualité de ses compilations et ses connaissances élargies, maîtrisant à la fois la transmission (riwâya) et l’investigation approfondie (dirâya).
Il est l’auteur du « Sunan » – un grand recueil célèbre et l’un des meilleurs ouvrages dans ce domaine. Personne ne l’a précédé à la réalisation d’un pareil livre et nul ne pourrait composer un ouvrage comparable, hormis celui qui puiserait à son océan et suivrait sa méthode. Il a également écrit le « ʿIlal », où il expose ce qui est correct et ce qui est erroné, ce qui est ininterrompu et ce qui est muʿallaq, rompu ou défectueux, ainsi que le « Kitâb al-Afrâd », qu’on ne saurait comprendre – et à plus forte raison structurer – si l’on ne fait pas partie de ces grands ḥuffâẓ et imams critiques (nuqqâd), [ces maîtres avertis et émérites] (1). Il a composé bien d’autres ouvrages, aussi précieux que des colliers de perles autour du cou.
On disait déjà d’Ad-Dâraquṭnî dans sa jeunesse qu’il se distinguait par une mémoire exceptionnelle [et un esprit pénétrant et habile] (2). Il s’assit un jour dans l’assemblée d’Ismâʿîl aṣ-Ṣaffâr, qui dictait des ḥadiths à ses auditeurs tandis qu’Ad-Dâraquṭnî recopiait dans son propre recueil. L’un des traditionnistes lui dit alors, au cours de la séance : « Tu ne peux valablement écouter (prendre connaissance des ḥadiths) et écrire en même temps. » Ad-Dâraquṭnî de répondre : « Ma compréhension de ce qui est dicté n’est pas la même que la tienne. Sais-tu combien de ḥadiths il a dictés jusqu’à présent ? » Il dit : « Non. » Ad-Dâraquṭnî reprit : « Il en a dicté dix-huit jusqu’à maintenant ; le premier est rapporté de untel, de untel… » Puis il les énuméra tous avec leurs chaînes de transmission. L’assemblée en fut émerveillée.
L’Imam al-Ḥâkim Abû ʿAbd Allâh an-Naysâbûrî a dit à son sujet : « Ad-Dâraquṭnî n’a jamais vu son pareil. » Ibn al-Jawzî déclare quant à lui : « Outre sa connaissance du ḥadith, il maîtrisait la science des lectures coraniques (qirâ’ât), la grammaire (naḥw), le fiqh et la poésie. Il était également un imam intègre, de croyance droite. Il décéda un mardi, le septième jour de Dhû l-Qaʿda de cette année-là, à l’âge de soixante-dix-neuf ans et deux jours, et fut enterré le lendemain dans le cimetière de Maʿrûf al-Karkhî (3). »
Ibn Khallikân rapporte : « Il voyagea en Égypte, où le vizir Abû l-Faḍl Jaʿfar ibn al-Faḍl ibn Ḥinzâba (4), ministre de Kâfûr l’Ikhshîdide, l’honora, lui accorda son aide, ainsi que le ḥâfiẓ ʿAbd al-Ghanî, pour achever son Musnad, si bien que d’abondantes richesses lui parvinrent. » Il poursuit : « Le surnom ad-Dâraquṭnî vient de Dâr al-Quṭn, un grand quartier de Bagdad. » ʿAbd al-Ghanî ibn Saʿîd (5) a également dit : « Il n’… »