Cette année-là, Bahāʾ ad-Dawla arrêta le cadi ʿAbd al-Jabbār et le soumit à une importante confiscation de biens. Parmi les objets vendus lors de cette saisie figuraient mille taylasan et mille habits d’origine maghrébine.
Durant cette même année, ainsi que l’année précédente et la suivante, ce sont les Égyptiens qui conduisirent le pèlerinage, la khoutba dans les Deux Sanctuaires (la Mecque et Médine) leur revenant.
Parmi les notables décédés cette année-là se trouve aṣ-Ṣāḥib ibn ʿAbbād (Ismāʿīl ibn ʿAbbād ibn ʿAbbās ibn ʿAbbād ibn Aḥmad ibn Idrīs aṭ-Ṭālaqānī), Abū l-Qāsim, le célèbre ministre surnommé « Kāfī l-Kufāt ». Il fut le vizir de Muʾayyad ad-Dawla, fils de Rukn ad-Dawla, de la dynastie des Banū Būyah. Il jouissait d’un grand savoir, d’une vaste culture, d’éloquence, de générosité et d’une bienveillance remarquable à l’égard des savants : chaque année, il envoyait cinq mille dinars à Bagdad pour être distribués aux gens de savoir. Il eut une maîtrise exceptionnelle de la littérature et composa des ouvrages dans plusieurs domaines. Sa bibliothèque personnelle, considérable, nécessitait quatre cents chameaux pour son transport. Nul n’eut parmi les ministres de Banū Būyah une réputation comparable à la sienne ni n’approcha l’étendue de ses vertus. La dynastie des Banū Būyah dura cent vingt ans et son ministère à lui s’étendit sur dix-huit ans et quelques mois. Par sa fermeté, son courage, son habileté administrative et la pertinence de ses conseils, il parvint à conquérir cinquante forteresses pour le compte de son maître, Muʾayyad ad-Dawla, puis pour son fils Fakhr ad-Dawla.
Il aimait les sciences religieuses et détestait la philosophie ainsi que les opinions hétérodoxes qui y étaient associées. Un jour qu’il souffrait de dysenterie, il plaçait dix dinars près de la latrine à chaque fois qu’il s’y rendait, afin d’éviter que les domestiques ne s’en lassent. Ils en venaient à souhaiter que sa maladie perdure. Lorsqu’il guérit, il offrit sa maison aux pauvres et aux indigents, et le contenu de celle-ci était estimé à près de cinquante mille dinars.
Il avait entendu des ḥadīth auprès de maîtres réputés possédant des chaînes de transmission élevées. On organisa pour lui, à un moment donné, une séance d’ímlāʾ (dictée publique) qui attira foule, y compris de hauts dignitaires. Lorsqu’il apparut, il était vêtu à la manière des jurisconsultes.