Jawhar ibn ʿAbd Allāh (1) : le commandant, fondateur de la ville du Caire al-Muʿizziyya. Son origine est romaine (2) et il est connu sous le nom d’al-Kātib. Son maître, al-Muʿizz (3) ibn al-Manṣūr ibn al-Qāʾim ibn al-Mahdī – qui affirmait être un Fatimide –, l’envoya d’Ifrīqiya pour s’emparer de l’Égypte lorsque l’armée de ce pays fut troublée après la mort de Kāfūr al-Ikhshīdī. Les Égyptiens élevèrent alors Aḥmad ibn ʿAlī al-Ikhshīdī, mais ils ne se rallièrent pas à lui ; certains firent donc appel à al-Muʿizz, qui dépêcha Jawhar au mois de Rabīʿ al-Awwal de l’an 358 de l’Hégire. Il arriva au Caire au mois de Shaʿbān de la même année, à la tête de cent mille combattants et porteur de mille deux cents coffres de fonds pour financer cette expédition. Les habitants en furent alarmés et se adressèrent à lui pour demander la sécurité, qu’il leur accorda. L’armée ne s’en satisfit pas et sortit pour l’affronter ; il la mit en déroute, puis renouvela l’assurance de protection aux habitants.
Il entra dans la ville un mardi, le dix-huit Shaʿbān, traversa Miṣr et s’installa à l’emplacement de l’actuel Caire. Dans la nuit même, il y édifia deux palais. Au prêche du vendredi suivant, il supprima la mention des Banū al-ʿAbbās, la remplaça par celle de son maître, mentionna les Douze Imams et autorisa l’appel à la prière incluant « Ḥayya ʿalā khayr al-ʿamal ». Il témoignait de la bienveillance envers la population et siégeait chaque samedi [de la semaine] (4) avec le vizir Jaʿfar ibn al-Furāt et le cadi. Il s’employa à achever la construction du Caire, termina rapidement sa grande mosquée et y prêcha en l’an 361, cette mosquée étant celle d’al-Azhar.
Ensuite, il envoya Jaʿfar ibn Falāḥ en Syrie pour la conquérir au nom d’al-Muʿizz. Puis, en l’an 362, survint son maître al-Muʿizz, comme mentionné précédemment (5), qui s’installa dans les deux palais. Jawhar conserva sa haute position auprès de lui jusqu’à sa mort au cours de la même année. Son fils al-Ḥusayn, surnommé « le commandant des commandants » et principal émir d’al-Ḥākim ibn al-ʿAzīz ibn al-Muʿizz, hérita de son rang et de son autorité, mais il fut ensuite tué de la main d’al-Ḥākim en l’an 401, de même que son beau-frère – époux de sa sœur –, le cadi ʿAbd al-ʿAzīz ibn al-Nuʿmān. Je pense que ce cadi est l’auteur du « al-Balāgh al-Akbar » et du « al-Nāmūs al-Aʿẓam », ouvrages qui contiennent une forme d’impiété à laquelle Iblīs lui-même n’atteindrait pas. Abū Bakr al-Bāqillānī (que Dieu lui fasse miséricorde) y a d’ailleurs répondu.
[Puis vint l’an 382 de l’Hégire]. Le dixième jour de Muḥarram de cette même année, le vizir Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn Muḥammad ibn al-Kawkabī – connu sous le nom d’Ibn al-Muʿallim, qui avait accaparé l’exercice du pouvoir – ordonna aux habitants d’al-Karḫ et de Bāb al-Ṭāq, parmi les Rāfiḍites, de cesser toute pratique innovée lors du ʿĀshūrāʾ, notamment le port de vêtements austères, la fermeture des marchés et les lamentations pour al-Ḥusayn.