Puis arriva l’an trois cent quatre-vingt-un (381). Cette année-là, on arrêta le calife al-Ṭāʾiʿ li-llāh et on proclama calife al-Qādir bi-llāh, Abū l-ʿAbbās Aḥmad, fils de l’émir Isḥāq ibn al-Muqtadir bi-llāh. Cela eut lieu le samedi dix-neuf Shaʿbān de cette année. L’événement se produisit ainsi : le calife s’était installé, comme à son habitude, dans le grand portique (al-rīwāq), tandis que le roi Bahāʾ al-Dawla était assis sur le trône. Puis Bahāʾ al-Dawla envoya quelqu’un qui tira le calife par la dragonne de son épée pour le faire descendre du trône, l’enveloppa dans un manteau et le transporta vers la salle du trésor du palais. Pendant ce temps, les gens se livraient au pillage, sans que la plupart sachent vraiment ce qui se passait, au point que nombre d’entre eux crurent même que c’était Bahāʾ al-Dawla qui avait été arrêté. Ainsi, les trésors et les réserves furent pillés, de même qu’une grande partie des biens du palais califal ; on s’empara même des vêtements des notables parmi les juges et les témoins présents dans la demeure du calife, et il y eut un trouble d’une extrême gravité.
Bahāʾ al-Dawla retourna ensuite chez lui et fit rédiger contre al-Ṭāʾiʿ un document d’abdication, que les notables et les juges signèrent, attestant qu’il renonçait volontairement au califat et le remettait à al-Qādir bi-llāh. On proclama cette décision sur les marchés, mais les Daylamites et les Turcs se révoltèrent, réclamant leur dû pour la cérémonie d’allégeance, et ils envoyèrent un message à Bahāʾ al-Dawla à ce sujet, de sorte que les choses s’éternisèrent jusqu’au vendredi suivant. Il ne leur fut pas possible de faire explicitement mention de son nom (al-Qādir) durant l’invocation depuis la chaire, si bien que l’on se contenta de dire : « Ô Dieu, accorde Ton soutien à Ton serviteur et calife al-Qādir bi-llāh », sans le nommer directement. Par la suite, on sut apaiser leurs chefs les plus influents, et tous prêtèrent serment d’allégeance à al-Qādir ; l’unanimité se fit.
Bahāʾ al-Dawla ordonna alors de transférer dans son propre palais tout ce que renfermait la demeure du calife – vases, tapis, meubles et autres biens – avant d’autoriser aussi bien la foule que les notables à s’en emparer librement. Les gens démolirent les portes et les fenêtres, endommagèrent les bâtiments, puis en revendirent les matériaux par la suite. Or, pendant tout ce temps, al-Qādir bi-llāh se trouvait dans la région de la Baṭīḥa, où il s’était enfui pour échapper à al-Ṭāʾiʿ li-llāh quand ce dernier le recherchait.
Lorsque al-Qādir se rendit enfin à Bagdad, les Daylamites lui en interdirent d’abord l’accès tant qu’il ne leur verserait pas la somme prévue pour la cérémonie d’allégeance. Il s’ensuivit entre eux de longs et nombreux désordres, jusqu’à ce qu’ils finissent par se montrer satisfaits. Al-Qādir put alors entrer dans Bagdad, en un jour resté mémorable. Son séjour en terre de Baṭīḥa avait duré un certain temps avant son retour dans la capitale.