Il atteignit l’année trois cents et voyagea dans divers pays. Il transmit des traditions d’Ibn Jarîr, d’al-Baghawî et de nombreux autres maîtres. De son côté, un groupe de grands traditionnistes – dont ad-Dâraquṭnî – rapporta beaucoup de choses de lui, tout en le vénérant et en évitant de s’adosser en sa présence. Ibn al-Muẓaffar était un transmetteur digne de confiance et faisait, depuis longtemps, une sélection rigoureuse auprès des cheikhs. Il décéda un vendredi, puis fut inhumé le samedi, le troisième jour de Jumâdâ al-Ûlâ ou de Jumâdâ al-Âkhira de cette même année.
Puis vint le début de l’année trois cent quatre-vingt (380 H). Cette année-là, on conféra à ach-Charîf Abû Aḥmad al-Ḥusayn ibn Mûsâ al-Mûsawî la fonction de naqîb (responsable) des ashraf descendance de ʿAlî, la supervision des plaintes et la direction du pèlerinage. [Un acte officiel fut rédigé à cet effet.] Il délégua ensuite ses deux fils, al-Murtaḍâ Abû al-Qâsim et ar-Raḍî Abû al-Ḥasan, pour assurer la naqâba, et ils reçurent tous deux des robes d’honneur de la part du palais califal.
Au cours de cette même année, la situation liée aux ‘ayyârûn s’aggrava à Bagdad. La population se constitua en factions, chaque quartier ayant son émir et chef. Des affrontements éclatèrent, on s’empara de biens, les attaques se poursuivirent, et les maisons de grandes personnalités furent incendiées. Par ailleurs, un incendie se déclara en plein jour à Nahr ad-Dajâj, provoquant la destruction d’une grande partie des biens des habitants.
[Parmi les notables décédés cette année-là] se trouve Yaʿqûb ibn Yûsuf, surnommé Abû al-Futûḥ ibn Killis, ministre du seigneur d’Égypte al-ʿAzîz ibn al-Muʿizz al-Fâṭimî. C’était un homme résolu et perspicace, doté d’une ambition élevée, d’un grand sens de l’administration et jouissant d’une influence considérable auprès de son souverain, qui lui avait confié la gestion de l’ensemble de ses affaires. Lorsque le ministre tomba malade, al-ʿAzîz lui rendit visite et il reçut alors les recommandations de ce dernier concernant son royaume. À sa mort, al-ʿAzîz le fit enterrer dans son palais et s’occupa personnellement de ses funérailles. Il en fut profondément attristé et ordonna la fermeture du dîwân pendant plusieurs jours en signe de deuil.