Puis arriva l’an trois cent soixante-dix-neuf (379). Au cours de celle-ci, Sharaf al-Dawla ibn ‘Adud al-Dawla ibn Būyah al-Daylamī décéda. Sur recommandation des médecins, il s’était installé dans le palais de Mu‘izz al-Dawla pour bénéficier d’un air plus sain, car la maladie dont il souffrait devenait très sévère. Lorsque vint le mois de Jumādā al-Ūlā, le mal s’aggrava et il mourut pendant ce mois, après avoir confié sa succession à son fils Abū Naṣr.
Le calife se rendit en « ṭiyār » pour présenter ses condoléances à Abū Naṣr au sujet de son père Sharaf al-Dawla ; Abū Naṣr s’avança à sa rencontre, escorté des Turcs et des Daylam, et baisa la terre devant le calife, tandis que l’armée fit de même, alors que le calife demeurait dans le « ṭiyār ». Le dignitaire Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn ‘Abd al-‘Azīz vint ensuite de la part du calife pour transmettre à Abū Naṣr ses paroles de réconfort, et ce dernier s’inclina une nouvelle fois. Le messager retourna auprès du calife pour lui faire part des remerciements d’Abū Naṣr. Revenu ensuite une seconde fois de la part du calife pour prendre congé, Abū Naṣr baisa la terre une troisième fois, et le calife regagna sa résidence en « ṭiyār ».
Le samedi dixième jour de ce mois, l’émir Abū Naṣr se rendit à la cour du calife al-Ṭāʾiʿ li-llāh, accompagné des notables, des dignitaires, des juges et des émirs. Le calife siégeait dans le grand pavillon. Quand l’émir Abū Naṣr ibn Sharaf al-Dawla ibn ‘Aḍud al-Dawla ibn Rukn al-Dawla ibn Būyah se présenta, le calife lui fit remettre sept robes d’honneur, la plus somptueuse étant de couleur noire, avec un turban noir. Il lui passa un collier au cou et deux bracelets aux bras, tandis que les chambellans, portant sabres et ceintures, avançaient devant lui. Lorsqu’il fut devant le calife, l’émir baisa de nouveau la terre. On lui apporta alors un siège sur lequel il prit place, et le dignitaire Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn ‘Abd al-‘Azīz lut son acte d’investiture. L’étendard fut présenté au calife, qui l’arma de sa propre main et lui conféra le titre de Bahā’ al-Dawla wa Ḍiyā’ al-Milla. L’émir quitta ensuite l’audience, escorté par l’armée, retourna au palais royal et confirma le vizir Abū Manṣūr ibn Ṣāliḥān dans ses fonctions, en lui offrant également une robe d’honneur.
Au cours de cette même année, fut édifiée la grande mosquée de la Qaṭī‘a – la Qaṭī‘at Umm Ja‘far – sur la rive occidentale de Bagdad. À l’origine, il ne s’agissait que d’une petite mosquée, bâtie après qu’une femme eut rêvé du Messager de Dieu (ﷺ) priant en ce lieu et y posant la main sur un mur. Réveillée, elle se souvint de son songe, et l’on découvrit alors l’empreinte d’une main à cet endroit ; on érigea aussitôt une mosquée, puis cette femme mourut le jour même. Par la suite, le sharīf Abū Aḥmad al-Mūsawī rénova et agrandit l’édifice pour en faire un ouvrage destiné à la prière du vendredi. Il sollicita auprès du calife al-Ṭāʾiʿ li-llāh l’autorisation d’y célébrer la prière communautaire, ce qui lui fut accordé. C’est ainsi que l’on y pria dès cette année-là, qu’Allāh le Très-Haut lui fasse miséricorde.