Il avait entendu ce hadith d’Abû Ya‘lâ et de ses contemporains. De nombreux grands mémorisateurs de son époque le déclarèrent faible, et certains l’accusèrent d’avoir inventé un hadith qu’il transmit en l’honneur d’Ibn Bûwayh lorsqu’il vint à Bagdad. Il cita alors sa chaîne de transmission remontant au Prophète (ﷺ) : selon ce hadith, l’ange Gabriel serait descendu vers lui sous l’aspect de ce même émir. Ibn Bûwayh l’honora et lui donna une importante somme d’argent. Il est tout de même étonnant, si cela était exact, qu’un tel récit ait pu être accepté par quiconque possédant un minimum de bon sens et de raison.
Ibn al-Jawzî date sa mort de cette même année (1). Certains ont toutefois affirmé qu’il serait décédé en 69 (2).
[Parmi ceux qui disparurent cette année-là figure] l’orateur (khatîb) Abû Yaḥyâ ‘Abd ar-Raḥîm ibn Muḥammad (3) ibn Ismâ‘îl ibn Nubâta al-Ḥudhâqî — membre d’une branche de la tribu de Quḍâ‘a, selon d’autres de la tribu d’Iyâd — al-Fâriqî, qui fut l’orateur d’Alep à l’époque de Sayf ad-Dawla ibn Ḥamdân. C’est pour cette raison que la plus grande partie de son recueil (dîwân) consiste en des sermons d’encouragement au jihâd. Aucun orateur avant lui n’avait produit un ouvrage semblable à ce recueil, et personne ne saurait l’égaler, à moins que Dieu ne le veuille.
Il était éloquent, doté d’une grande finesse intellectuelle, pieux et scrupuleux. Le shaykh Tâj ad-Dîn al-Kindî rapporte qu’il prononça un vendredi un sermon traitant du rêve. Puis, la nuit de samedi, il vit le Messager de Dieu (ﷺ) en compagnie de plusieurs Compagnons parmi les tombes. Quand il s’approcha de lui, le Prophète le salua en disant : « Bienvenue à l’orateur des orateurs ! ». Il désigna alors du geste les tombes et dit à Ibn Nubâta : « On dirait qu’ils n’ont jamais été la prunelle des yeux et qu’ils n’ont jamais été comptés parmi les vivants, ne serait-ce qu’un instant. [Celui qui les a créés les a anéantis, Celui qui leur a donné la parole les a fait taire, Il les retrouvera comme Il les avait fait disparaître, Il les rassemblera comme Il les avait dispersés] (4). » Ibn Nubâta compléta ensuite ces paroles jusqu’au verset : « le jour où vous serez les témoins des gens » — il fit un signe en direction des Compagnons — « et où le Messager sera témoin contre vous » [al-Baqara : 143], en faisant allusion au Messager de Dieu (ﷺ). Le Prophète lui dit alors : « Tu as bien parlé, tu as bien parlé ! Approche, approche ! » Puis il saisit son visage, déposa un baiser dessus, souffla dans sa bouche et dit : « Qu’Allah te facilite ! »
À son réveil, il fut envahi d’une joie immense et son visage resplendissait de lumière et de beauté. Il ne vécut alors que dix-huit jours, sans pouvoir s’alimenter, tandis qu’une odeur de musc émanait de son haleine jusqu’à sa mort — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Ibn al-Azraq al-Fâriqî rapporte qu’Ibn Nubâta naquit en l’an 335 de l’Hégire et mourut en 374, comme l’a également rapporté Ibn Khallikân (5).