Il reçut de la part du calife une exaltation à nulle autre pareille pour quiconque l’avait précédé. Nous avons déjà mentionné (1) qu’il était doté d’une grande ambition, d’une fermeté et d’une détermination résolues. Il s’appliqua à embellir Bagdad et à aménager ses routes, distribua aumônes et subsides aux résidents des Deux Lieux Saints ainsi qu’aux grandes familles, fit creuser des canaux, bâtit le maristan ‘adhoudi et fit ériger l’enceinte autour de la Ville du Messager (ﷺ). Tout cela s’accomplit durant ses cinq années de règne sur l’Irak.
C’était un homme intelligent, vertueux, habile en politique, jouissant d’une grande autorité et d’une ambitieuse envergure. Cependant, il outrepassait la loi religieuse dans son mode de gouvernement : il aimait une esclave qui l’avait détourné de l’administration du royaume, et il ordonna de la noyer. Il apprit qu’un de ses serviteurs avait pris une pastèque à un homme, alors il le frappa de son épée et le coupa en deux, ce qui constitue un excès manifeste.
La cause de sa mort fut l’épilepsie. Quand le mal qui le mena à la mort le saisit, il ne répétait plus rien d’autre que la récitation de la parole du Très-Haut : « Mon bien ne m’a servi à rien. (28) Mon autorité m’a quitté. » [Al-Haqqa : 28-29], et il ne cessa de les rappeler jusqu’à son dernier souffle (2).
Ibn Al-Jawzi rapporte dans son « Al-Muntazam » qu’il aimait la science et la vertu, et qu’on lisait devant lui le livre d’Euclide ainsi que le livre de grammaire d’Abu ‘Ali Al-Fârisi (3), intitulé « Al-Idâh wa-t-Takmila » qu’il avait composé à son intention, entre autres ouvrages. Il était également poète ; on rapporte ainsi qu’un jour, alors qu’il se trouvait dans un jardin et espérait qu’il se mît à pleuvoir, la pluie vint effectivement. Il improvisa alors ces vers :
« Il n’est de vin qui se boive qu’en temps de pluie,
Et de chant que celui des servantes à l’aube.
Des beautés ravissantes qui dérobent la raison,
Se mêlent à la mélodie des cordes en résonance.
Elles dansent, brillantes et au regard pénétrant,
Parées de somptueuses tenues multicolores.
Elles enchantent, embellissent, entraînent à la folie,
Et font fuir le souci à l’instant de la réflexion.
Elles font circuler le calice tiré de sa source (4),
Offrant l’ivresse à celui qui surpasse (5) le commun des hommes,
À ‘Adhoud ad-Dawla, le fils du pilier du pouvoir,
Roi des rois, le dominateur de la destinée.
Puisse Dieu lui faciliter (6) son dessein
Dans les royaumes de la terre, aussi longtemps que la lune (7) poursuivra sa course. »