Du ciel, il y avait du pain, un poisson et du céleri (1). Ils mangèrent tous deux, ils me firent manger, puis ils accomplirent la prière de ‘Asr (2). Ensuite, il le salua pour prendre congé. Je l’observai passer dans les nuages en direction du ciel.
Al-Bayhaqī nous a dispensé de cette affaire, en disant : « C’est un ḥadīth extrêmement faible, et il est étonnant qu’al-Ḥākim Abū ʿAbd Allāh an-Naysābūrī l’ait rapporté dans son “Mustadrak” (3) sur les deux Ṣaḥīḥ, car c’est un exemple qu’on peut opposer au “Mustadrak”. En effet, il s’agit d’un ḥadīth fabriqué qui contredit, à plusieurs égards, les ḥadīths authentiques. Son sens aussi n’est pas valable, car on trouve déjà dans les deux “Ṣaḥīḥ” que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : “En vérité, Dieu a créé Adam avec une taille de soixante coudées au ciel”, puis il a poursuivi : “Ensuite, la création n’a cessé de diminuer jusqu’à présent” (4). On y lit aussi qu’il (Ilyās) ne vint pas au Messager de Dieu (ﷺ), mais que c’est ce dernier qui se rendit à lui. Cela ne tient pas, car il aurait été plus légitime qu’il vienne d’abord auprès du Sceau des Prophètes. On y trouve également qu’il ne mangerait qu’une fois par an, alors que d’après Wahb, Dieu lui aurait retiré tout plaisir de la nourriture et de la boisson. Par ailleurs, d’aucuns rapportent qu’il boirait une gorgée de Zamzam tous les ans, suffisante jusqu’à l’année suivante. Voilà des éléments contradictoires, et ils sont tous vains : aucun n’est authentique.
Ibn ʿAsākir a rapporté ce ḥadīth par une autre chaîne et a reconnu sa faiblesse. Il est surprenant qu’il l’ait tout de même commenté, car il en donne la chaîne transmise par Ḥasan ibn ʿArafah, d’après Hānī ibn al-Ḥasan, d’après Baqiyyah, d’après al-Awzāʿī, d’après Makḥūl, d’après Wāthilah ibn al-Asqaʿ. Il en cite alors une version longue (5) où il est mentionné que cela survint lors de la bataille de Tabūk, et que le Messager de Dieu (ﷺ) envoya Anas ibn Mālik et Ḥudhayfah ibn al-Yamān auprès de lui. Ceux-ci dirent qu’il était plus grand qu’eux de deux ou trois coudées, et il s’excusa de ne pas être venu pour ne pas effrayer les chameaux.
On y rapporte en outre que, lorsqu’il rencontra le Messager de Dieu (ﷺ), ils mangèrent de la nourriture du Paradis ; il dit alors : « Je prends un repas tous les quarante jours. » Sur la table, il y avait du pain, de la grenade, du raisin, de la banane, des dattes fraîches et des herbes, à l’exception du poireau. Il est également dit que le Messager de Dieu (ﷺ) l’interrogea au sujet d’al-Khaḍir ; il répondit : « Je l’ai quitté l’an dernier, et il m’a dit : “Tu le rencontreras avant moi, transmets-lui donc mes salutations.” » (6).
Ceci indique que, dans l’hypothèse de leur existence et de l’authenticité de ce ḥadīth, al-Khaḍir et Ilyās n’auraient pas rencontré le Prophète (ﷺ) avant la neuvième année de l’Hégire, ce qui n’est pas admissible d’un point de vue légal, et ce ḥadīth est également fabriqué.
Ibn ʿAsākir rapporte divers témoignages sur ceux parmi les pieux qui auraient rencontré Ilyās (7), mais aucun ne mérite d’être retenu, soit en raison de la faiblesse de leur chaîne de transmission, soit à cause de l’inconnu qui les rapporte. L’un des meilleurs récits est celui qu’a présenté Abū Bakr ibn Abī ad-Dunyā : « Bišr ibn Muʿādh m’a rapporté, en disant : Ḥammād ibn Wāqid nous a transmis, d’après Thābit qui raconta : “Nous nous trouvions avec Muṣʿab ibn az-Zubayr dans la région du Sawād, près de Kūfa, et j’entrai dans un verger pour y accomplir la prière…” »