Il fut le premier à se faire appeler « Shâhinshâh », dont le sens est « Roi des rois ». Il est établi dans le Ṣaḥîḥ qu’après avoir rapporté les propos du Messager de Dieu (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), celui-ci a dit : « Le plus vil – et dans une autre version, le plus abject – des noms aux yeux de Dieu est celui de l’homme qui se fait appeler “Roi des rois”, car seul Dieu est Roi. »
Il fut également le premier pour qui l’on frappa les grands tambours (dabadib) à Bagdad, et le premier à être mentionné dans le prône (khuṭba) aux côtés du calife. Le juge (al-qâḍî) Ibn Khallikân (1) rapporte que les poètes le célébrèrent par de magnifiques panégyriques, parmi lesquels ceux d’al-Mutanabbî et d’autres. Ainsi, Abû l-Ḥasan Muḥammad ibn ‘Abd Allâh al-Salâmî (2) dit dans l’un de ses poèmes :
« Vers toi, il a parcouru l’étendue de la terre,
faisant le but ultime de ses montures l’instant où le palais leur apparaîtrait.
Tu fus, avec ma résolution dans l’obscurité et mon sabre tranchant,
trois choses que l’aigle a réunies sans partage.
À mes espoirs, j’ai annoncé un royaume qui est le genre humain,
une demeure qui est le monde, et un jour qui est l’entière durée. »
Puis Ibn Khallikân ajoute : « Voilà la sorcellerie permise. » Al-Mutanabbî dit pour sa part :
« C’est le but ultime, et te voir est le souhait le plus cher ;
ta demeure est le monde, et tu es l’ensemble des créatures. »
Selon Ibn Khallikân, ces vers n’ont pas la grâce de ceux d’al-Salâmî et n’épuisent pas toute l’idée, puisqu’ils ne mentionnent pas le « temps ». Abû Bakr Aḥmad al-Arjânî, le juge Nâṣiḥ al-Dîn, a également prononcé un vers dans une de ses odes qui, tout comme celui d’al-Salâmî, ne fut pas surpassé (4) :
« Je l’ai rencontré ; j’y ai vu l’humanité rassemblée en un seul homme,
le temps entier tenu dans une seule heure, et la terre logée en une demeure. » (5)
Ibn Khallikân relate encore : « Aftakîn, affranchi de son frère, le souverain de Damas (6), lui écrivit pour lui demander de l’aide en hommes afin de combattre les Fâṭimides. Alors ‘Aḍud al-Dawla lui envoya cette réponse : “Ton orgueil t’a trompé ; le terme de cet orgueil n’est autre que ton humiliation. Crains donc la gravité de ton acte, peut-être trouveras-tu, par cela, meilleure direction. Salut !” Il fit preuve, dans ces mots, d’un talent d’expression admirable (7), poussant l’éloquence à son comble (8). »