Il était généreux et jouissait d’un grand mérite. Il lui arriva un événement étrange : il envoya quelqu’un à Bagdad pour qu’on lui achète une esclave chanteuse, et l’on dépensa pour cela une somme considérable. Quand elle fut arrivée auprès de lui, il offrit une réception à ses compagnons, puis lui demanda de chanter. Or, elle aimait un homme à Bagdad. Elle interpréta alors les vers suivants :
« Après que l’amour se fut cicatrisé, il lui apparut soudain
Un éclair qui scintilla faiblement dans la nuit.
Il se manifestait tel le bord d’un vêtement, mais séparé
Par des sommets escarpés à l’accès difficile.
Il voulut le contempler pour voir comment il paraissait, mais ne put
Soutenir son éclat ; ses peines le repoussèrent.
Le feu consumait ses côtes
Et l’eau était ce que laissaient couler ses paupières. »
Ensuite, elle lui chanta d’autres vers. Emporté par l’enthousiasme, Tamîm lui dit : « Il faut absolument que tu me demandes quelque chose. » Elle répondit : « Ta bonne santé. » Il insista : « Et encore ? » Jusqu’à ce qu’elle dise : « Rends-moi à Bagdad pour que je chante ces vers là-bas. » Il en resta décontenancé (1), mais ne put se soustraire à la promesse (2) qu’elle lui avait demandée. Il la renvoya donc, chargée à certains de ses compagnons, la fit d’abord accomplir le pèlerinage, puis l’emmena vers Bagdad par la route d’Irak. Or, la nuit qui précéda leur entrée au matin dans la ville, elle disparut et nul ne sut où elle était partie. Quand la nouvelle parvint à son maître, il ressentit une grande peine et regretta amèrement (3), alors que le regret ne lui servait plus.
[Ibn Khallikân a rapporté que, lorsqu’il mourut, on l’enveloppa dans quatre-vingts pièces de soie (dîbâj), et que le cadi en fut le responsable. J’ajoute : voilà un gaspillage causé par l’ignorance de la Loi (4).]
Al-ʿAqîqî (5) : il s’agit du propriétaire du hammam et de la demeure qui lui sont attribués dans le quartier de Bâb al-Barîd à Damas, à savoir Aḥmad ibn al-Ḥusayn ibn Aḥmad ibn ʿAlî ibn Muḥammad al-ʿAqîqî ibn Jaʿfar ibn ʿAbd Allâh ibn al-Ḥusayn al-Aṣghar ibn ʿAlî ibn al-Ḥusayn ibn ʿAlî ibn Abî Tâlib, le noble Abû al-Qâsim al-Ḥusaynî. Ibn ʿAsâkir rapporte qu’il était l’un des notables éminents de Damas et que la demeure et le hammam du quartier de Bâb al-Barîd (6) lui étaient attribués. Il mentionne également qu’il décéda un mardi, le quatrième jour de Jumâdâ al-Ûlâ de cette même année (7), qu’on l’enterra le lendemain, que la ville fut fermée à l’occasion de ses funérailles, et que Bakjûr et ses hommes – c’est-à-dire le vice-gouverneur de la ville – y assistèrent, avant qu’on ne l’inhume hors de la porte Bâb al-Ṣaghîr.