Puis survint l’année trois cent soixante-huit (de l’Hégire). Au mois de Shaʿbān de cette année, le calife al-Ṭāʾiʿ li-Llāh ordonna que l’on invoque ʿAḍud al-Dawlah après le calife depuis les chaires (manābir) de Bagdad, et que l’on fasse battre les tambours (dabadib) à sa porte à l’aube et après les prières du maghrib et de lʿishāʾ.
Ibn al-Jawzī dit : « Cela ne s’était jamais produit en faveur d’aucun autre membre de la dynastie des Banū Būyah. Muʿizz al-Dawlah avait autrefois demandé au calife al-Muṭīʿ li-Llāh d’autoriser que l’on batte lesdits tambours à sa porte à Bagdad, mais il ne le lui avait pas accordé. »
Cette même année, alors qu’il résidait à Mossoul, ʿAḍud al-Dawlah conquit la plus grande partie des possessions d’Abū Taghlib ibn Ḥamdān, comme Āmid, Mayyāfāriqīn, al-Raḥbah et d’autres cités, grandes et petites. Lorsqu’il se décida à revenir à Bagdad, il laissa Abū al-Wafā al-Ḥājib comme lieutenant à Mossoul, puis repartit vers Bagdad. Il y entra le dernier jour de Dhū al-Qaʿdah de cette année, accueilli en chemin par le calife et les notables ; ce fut un jour mémorable. Dieu est le plus savant en ce qui est juste.
Mention de la prise de Damas par Qassām al-Tarrāb cette année-là : quand Aftikin affronta al-ʿAzīz sur le territoire d’al-Ramla, Aftikin et al-Ḥasan al-Qarmaṭī furent défaits, et Aftikin fut fait prisonnier. Al-ʿAzīz gagna alors les provinces d’Égypte. À Damas, un homme du nom de Qassām al-Tarrāb – qu’Aftikin comptait parmi ses proches et à qui il confiait ses secrets – s’empara de la ville, que ses habitants lui livrèrent volontiers.
Les troupes d’al-ʿAzīz envoyées depuis l’Égypte l’assiégèrent sans parvenir à rien contre lui. Abū Taghlib ibn Nāṣir al-Dawlah ibn Ḥamdān le cerna à son tour, en vain, et se retira bredouille à Tibériade (Ṭabariyya). S’ensuivirent de longues guerres entre lui et les Banū ʿUqayl ainsi que d’autres clans arabes, au terme desquelles Abū Taghlib fut tué. Sa sœur Jamīlah et son épouse – fille de son cousin Sayf al-Dawlah – se trouvaient avec lui ; elles furent remises à Saʿd al-Dawlah ibn Sayf al-Dawlah à Alep. Lui garda sa sœur et fit parvenir Jamīlah à Bagdad, où elle fut emprisonnée et délestée de biens considérables.
Quant à Qassām, surnommé « al-Ḥārithī » parce qu’il était originaire des Banū al-Ḥārith ibn Kaʿb du Yémen, il demeura en Syrie (al-Shām) pour en combler les lacunes et y gérer les affaires plusieurs années durant. Il siégeait dans la grande mosquée, où les gens se réunissaient autour de lui : il leur prescrivait ce qu’ils devaient faire et ils exécutaient ses ordres.