Son âge dépassait de peu la vingtaine (1). Il avait un beau corps, une grande force et un courage extraordinaire. On raconte qu’il attrapait les pattes d’un taureau (2) robuste et le jetait à terre sans l’aide de personne, et qu’il pourchassait les lions dans leurs repaires lors de ses parties de chasse. Cependant, il était enclin à beaucoup de divertissements, de jeux et jouissait intensément des plaisirs. Lorsqu’il fut vaincu par son cousin dans la région d’Ahwaz, parmi les biens qui lui furent confisqués se trouvait un jeune serviteur qu’il aimait profondément [au point de ne pas jouir de la vie sans lui] (3). Il envoya alors des émissaires pour suppléer auprès de son cousin afin de récupérer ce serviteur et lui fit parvenir de somptueux présents, des sommes considérables, ainsi que deux servantes rares et inestimables (4). Il envoya également le « naqîb des notables » pour intercéder, si bien que le jeune serviteur lui fut rendu. Les gens critiquèrent alors durement ‘Izz ad-Dawla, et il perdit l’estime des rois, parce qu’il déclarait : « Perdre ce serviteur m’est plus douloureux que la prise de Bagdad et des terres d’Irak. » Ensuite, son destin le conduisit à être capturé par son cousin ‘Adud ad-Dawla, comme nous l’avons mentionné (5), lequel ordonna aussitôt son exécution. Sa vie dura donc trente-six ans, et son règne s’étendit sur onze années (6) et quelques mois (7).
Muhammad ibn ‘Abd ar-Rahmân (8), Abou Bakr, le juge connu sous le nom d’Ibn Quray‘ah, exerça la fonction de cadi à as-Sindiyyah (9). Il était éloquent et improvisait un style rimé sans affectation ni hésitation. Il était agréable en société, plein d’esprit dans la conversation. Parmi ses vers :
« J’ai des moyens de contrecarrer celui qui colporte des propos (M)
… Mais contre le menteur, je n’ai aucune ressource.
Celui qui invente ce qu’il dit… ma ruse ne peut que faiblir. »
Lorsqu’il marchait aux côtés d’un de ses compagnons (10), il avait coutume de dire : « Si je passe devant toi [pour te précéder] (11), je suis un gardien ; et si je reste derrière toi, c’est mon devoir. » Il mourut le samedi, dix jours avant la fin de Joumadâ al-Âkhirah de cette même année. Que Dieu lui fasse miséricorde, et Dieu est plus savant.