On construisit pour lui un palais immense et imposant, orné de toutes sortes d’enduits et de tentures. Les principaux dignitaires de son royaume et ses émirs prirent alors place auprès de lui. Le juge arriva et s’assit à son côté, tandis que l’assemblée ne cessait d’exalter et de louer cette construction. Mais le juge resta silencieux, sans prononcer un mot. Le roi se tourna vers lui et lui dit : « Et toi, Abou al-Hakam, qu’en penses-tu ? » Le juge se mit à pleurer, et ses larmes coulèrent sur sa barbe. Il dit : « Je ne pensais pas que le Diable – qu’Allah le maudisse – pourrait t’atteindre à ce point et que tu lui laisserais une telle emprise sur toi, alors même que Dieu t’a gratifié de grands bienfaits et t’a honoré bien au-dessus de beaucoup d’autres. Voilà que tu t’établis dans des demeures de mécréants. » Il cita alors la parole de Dieu :
« Et si les gens ne devaient pas être une seule communauté, Nous aurions fait, pour ceux qui ne croient pas au Tout Miséricordieux, des toits d’argent à leurs maisons, ainsi que des escaliers pour y monter, et pour leurs maisons des portes et des lits sur lesquels ils s’accouderaient, et (des ornements) ; or tout cela n’est qu’un jouissement de la vie d’ici-bas ; tandis que l’Au-delà, auprès de ton Seigneur, est pour les pieux » (az-Zukhruf, 43 : 33-35).
À ces mots, le roi resta pantois et se mit à pleurer : « Que Dieu te récompense et multiplie les hommes tels que toi dans la communauté ! » dit-il.
Par la suite, les gens furent frappés de sécheresse durant une certaine année. Le roi ordonna alors au juge Mundhir ibn Sa‘îd al-Ballûtî de conduire la prière de demande de pluie (istisqâ’). Lorsque le messager arriva chez le juge pour lui donner l’ordre de sortir le lendemain, celui-ci lui demanda : « Comment as-tu laissé le roi ? Dans quel état est-il ? » Le messager répondit : « Je l’ai vu plus humble et plus en prière que jamais, dans une grande supplication et une profonde humilité. » Le juge répondit : « Alors, vous serez bel et bien comblés de la miséricorde divine et il va pleuvoir, par Dieu ! Car si le souverain de la terre s’humilie, le Souverain des cieux fait miséricorde. » Puis il dit à son serviteur : « Prends avec toi le vêtement de pluie. »
Le lendemain, les gens se rassemblèrent et le juge se présenta. Il monta sur le minbar (la chaire) sous les regards de la foule qui écoutait ses propos. Lorsqu’il s’adressa à eux, ses premiers mots furent : « Paix sur vous ! Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même la miséricorde : quiconque d’entre vous commet un mal par ignorance puis se repent ensuite et se réforme, Il est alors Clément et Miséricordieux » (al-An‘âm, 6 : 54). Il répéta ce verset à plusieurs reprises, et les gens fondirent en larmes, se lamentant, se repentant et revenant à Dieu avec humilité. Ils persistèrent dans cette attitude jusqu’à ce qu’ils fussent exaucés et qu’il se mit à pleuvoir. Lorsque tous rentrèrent chez eux, ils marchaient dans l’eau tant la pluie était abondante.