Cette année-là, Jamīla bint Nāṣir ad-Dawla ibn Ḥamdān accomplit le pèlerinage avec un apparat remarquable, [jusqu’à] (1) ce qu’on prît son ḥajj en exemple. En effet, elle fit préparer quatre cents palanquins, si bien que nul ne savait dans lequel elle se trouvait. Lorsqu’elle arriva à la noble Kaʿba, elle y dispersa dix mille (2) dinars, revêtit tous les résidents des deux Lieux saints et dépensa de vastes sommes tant à l’aller qu’au retour.
Le pèlerinage des gens d’Irak fut dirigé par le šarīf Abū ʿAbd Allāh Aḥmad ibn Abī al-Ḥusayn Muḥammad (3) ibn ʿAbd Allāh (4) al-ʿAlawī, qui continua de le conduire jusqu’en l’an 380 de l’Hégire. Au cours de cette même année, la ḫuṭba (prône) dans les deux Ḥaram (La Mecque et Médine) fut prononcée au nom des Fāṭimides d’Égypte, et non plus des ʿAbbassides.
[Parmi ceux des notables qui s’éteignirent cette année], on compte Ismāʿīl (5) ibn Nuǧayd (6) ibn Aḥmad ibn Yūsuf ibn Sālim, Abū ʿAmr as-Sulamī. Il fut le compagnon d’al-Ǧunayd et d’autres, et transmit le ḥadīṯ ; il était jugé fiable. Parmi ses belles paroles, on rapporte : « Celui que la vue (d’un homme spirituel) ne raffine pas n’est pas digne d’être raffiné. »
Un jour, son maître Abū ʿUṯmān (7) se retrouva dans le besoin et en appela à ses disciples. Ibn Nuǧayd (8) lui apporta alors une bourse de deux mille dirhams. Abū ʿUṯmān l’accepta tout en le louant devant ses compagnons. Mais Ibn Nuǧayd lui dit : « Ô maître, l’argent que je t’ai donné provient de ma mère, qui y était opposée. J’aimerais donc que tu le lui rendes. » Abū ʿUṯmān lui remit alors les sommes, mais la nuit venue, Ibn Nuǧayd les lui rapporta en disant : « J’aimerais que tu les emploies pour tes besoins, sans que personne ne le sache. » Dès lors, Abū ʿUṯmān déclara : « Je crains (9) l’ardeur spirituelle d’Abū ʿAmr ibn Nuǧayd. Que Dieu leur fasse miséricorde. »