Nous avions déjà relaté(1) qu’une grande réception fut donnée dans la demeure d’Ibn al-‘Amīd à Ispahan, à laquelle assistèrent Rukn al-Dawla, ses fils et les notables de son État. En ce jour, Rukn al-Dawla(2) investit son fils ‘Aḍud al-Dawla du pouvoir, et ‘Aḍud al-Dawla offrit à ses deux frères(3) et aux autres émirs des robes d’honneur et des manteaux, selon la coutume des Daylamites. Les hôtes furent également salués avec des branches de basilic(4), selon la même tradition, et ce fut un jour mémorable. Peu de temps après, Rukn al-Dawla mourut(5) au cours de cette même année. Il était un homme avisé, patient et digne, prompt à la charité, aimant la compagnie des savants, généreux(6), d’excellente compagnie et doué d’une autorité tempérée, toujours bienveillant envers ses proches, ses officiers et son peuple.
Lorsqu’il consolida son autorité, le fils de Rukn al-Dawla, ‘Aḍud al-Dawla, se dirigea vers l’Irak afin de l’arracher à son cousin ‘Izz al-Dawla Bakhtiyār, en raison de la mauvaise conduite de ce dernier et de son incompétence. Au cours de cette année, ils s’affrontèrent dans la région d’Ahwāz. ‘Aḍud al-Dawla le vainquit, s’empara de ses biens et de ses richesses puis envoya ses troupes à Bassora, s’en empara et réconcilia ses habitants — issus des clans de Rabī‘a et de Muḍar — qui s’opposaient depuis environ cent vingt ans. En effet, Muḍar était favorable à ‘Aḍud al-Dawla et Rabī‘a était contre lui. Finalement, les deux clans se mirent d’accord et s’unirent derrière lui, renforçant ainsi sa puissance. Il déposa ‘Izz al-Dawla et fit arrêter son vizir Ibn Baqiyya, qui s’était accaparé les affaires de l’État et en avait recueilli les impôts à son profit. Grâce à ce que possédait Ibn Baqiyya(7), ‘Aḍud al-Dawla renforça sa position(8) et ne lui laissa plus rien.
Dans le même élan, ‘Aḍud al-Dawla(9) ordonna l’arrestation du vizir de son père, Abū al-Fatḥ Ibn al-‘Amīd, à cause d’un différend ancien que nous avons déjà mentionné(10). La famille d’Ibn al-‘Amīd se retrouva ainsi privée de toute influence, alors même que les grands du royaume s’en méfiaient auparavant. Quant à Ibn al-‘Amīd(11), il menait une vie de débauche et de désobéissance, et le sort s’acharna contre lui(12) lorsque la colère du sultan le frappa ; que Dieu nous préserve de la Colère du Tout-Miséricordieux.
Au milieu du mois de Shawwāl de cette même année, l’émir Manṣūr b. Nūḥ al-Sāmānī mourut à Boukhara, où il régnait sur le Khorassan. Son règne avait duré quinze ans. Après sa disparition, son fils Abū al-Qāsim Nūḥ(13) lui succéda à l’âge de treize ans et reçut le titre de Manṣūr(14).