Ifriqiya et les territoires environnants du Maghreb furent sous sa domination. Puis, en l’an 358 de l’Hégire, il envoya devant lui le commandant Jawhar, qui s’empara pour lui du pays égyptien alors gouverné par Kafour al-Ikhshîdî, après des guerres dont on a déjà fait mention (1). Jawhar établit fermement son autorité sur ces terres, puis il bâtit la Caire al-Muʿizzîya et la résidence royale, c’est-à-dire les deux palais (2). Ensuite, la khutba (prêche) fut établie au nom d’al-Muʿizz, en l’an 362 de l’Hégire, et celui-ci arriva – comme déjà évoqué (3) – à la tête de grandes armées, accompagné d’émirs maghrébins, de dignitaires et de commandants. Lorsqu’il parvint à Alexandrie, les notables sortirent à sa rencontre, et il prononça à leur intention un discours éloquent dans lequel il se vanta de son ascendance et de sa souveraineté. Il prétendit rendre la justice, défendre les opprimés contre leurs oppresseurs, et affirma que Dieu avait accordé Sa miséricorde à la communauté par leur intermédiaire, la sauvant des injustes pour la faire bénéficier de son équité. Il arborait publiquement l’idéologie du rafdh (chiisme extrême) tout en dissimulant, comme l’a dit le juge al-Bâqillânî (4), une mécréance à l’état pur ; il en allait de même pour ceux qui lui obéissaient, le soutenaient, s’alliaient à lui et suivaient son dogme. Qu’Allah les enlaidisse tous, lui y compris.
Il fit comparaître devant lui le zâhid et dévot (5), l’ascète pieux Abû Bakr an-Nâbulusî (6). Lorsqu’il fut amené en sa présence, al-Muʿizz lui dit : « Il m’est parvenu que tu as déclaré : “Si j’avais dix flèches, j’en lancerais une contre les Byzantins et neuf contre les Égyptiens.” » Il répondit : « Je n’ai pas tenu ces propos. » Le calife crut alors qu’il s’était rétracté (7) et lui demanda : « Qu’as-tu donc dit ? » Il répondit : « J’ai dit qu’il convenait de vous viser avec neuf flèches, et de ne réserver la dixième qu’aux Byzantins. » Le calife demanda : « Pourquoi donc ? » Il répliqua : « Parce que vous avez changé la religion (8) de la communauté, tué les justes, et vous êtes attribué (9) la lumière de la divinité [en revendiquant ce qui ne vous revient pas] (10). » Al-Muʿizz ordonna donc qu’on l’exhibe publiquement le premier jour, puis qu’on le flagelle durement le deuxième jour. Le troisième jour, il commanda qu’on le dépèce vivant. On fit alors venir un Juif qui entreprit de le dépouiller de sa peau tandis qu’il récitait le Coran. « J’éprouvai de la pitié pour lui, raconta cet homme, si bien que lorsque j’arrivai à la hauteur de son cœur, je l’en perçai avec mon couteau, mettant fin à ses souffrances. » Que Dieu lui fasse miséricorde. On l’appela dès lors “le Martyr”, et ses descendants sont désignés jusqu’à aujourd’hui sous le nom de Banû ash-Shahîd à Naplouse, [où subsistent encore parmi eux des traces de piété] (11).