Les armées et les Bédouins se mirent en marche vers Ramla, où ils se rencontrèrent au mois de Muḥarram de l’an soixante-sept. Lorsque les deux camps se firent face, al-‘Azīz constata la bravoure exceptionnelle d’Aftakīn. Il lui envoya donc un message : s’il se soumettait et revenait auprès de lui, il le nommerait chef de ses troupes et lui prodiguerait les plus grands honneurs.
Aftakīn mit alors pied à terre entre les deux lignes de combat, s’inclina devant al-‘Azīz et lui fit savoir : « Si cette proposition était survenue avant la situation présente, j’aurais pu y consentir rapidement. Mais à présent, c’est impossible. » Puis il remonta à cheval et attaqua l’aile gauche, rompant ses rangs et dispersant sa cavalerie et son infanterie. C’est alors qu’al-‘Azīz sortit lui-même du centre de ses troupes et ordonna à l’aile droite de lancer une attaque décisive. Le Qarmate prit la fuite, suivi par les Syriens, tandis que les Maghrébins se jetèrent à leur poursuite, tuant et capturant à leur guise. Al-‘Azīz s’avança dans les tentes des Syriens avec son armée, dépêcha des détachements à leur suite et déclara qu’il offrirait une récompense à quiconque lui amènerait un prisonnier. Il promit également cent mille dinars à qui lui livrerait Aftakīn.
Or, dans sa fuite, Aftakīn, accablé par la soif, croisa Mufarrij ibn Daghfal – son compagnon – et lui demanda à boire. Celui-ci l’abreuva, l’hébergea dans ses demeures, puis envoya informer al-‘Azīz que l’homme recherché se trouvait chez lui, invitant le souverain à faire porter l’or. Al-‘Azīz expédia donc cent mille dinars et envoya des hommes pour s’emparer d’Aftakīn. Ce dernier, cerné, crut sa fin proche. Cependant, lorsque al-‘Azīz arriva, il le reçut avec les plus grands honneurs, le traita avec un profond respect et lui restitua tous ses biens sans qu’il ne manquât rien. Il le compta alors parmi ses plus proches compagnons et émirs, l’installa à ses côtés, puis revint avec lui en Égypte, couvert d’honneurs, où il lui accorda de larges fiefs.
Ensuite, il fit parvenir au Qarmate une proposition lui demandant de se rendre auprès de lui, en promettant de l’honorer à l’instar d’Aftakīn. Mais le Qarmate craignit pour sa vie et refusa, alors al-‘Azīz lui fit verser vingt mille dinars, somme qu’il lui ferait parvenir chaque année pour s’assurer de sa neutralité. Aftakīn demeura ainsi en faveur auprès d’al-‘Azīz jusqu’à ce qu’un conflit éclatât entre lui et le vizir Ya‘qūb ibn Killīs, qui manœuvra jusqu’à l’empoisonner. Lorsque le calife l’apprit, il entra dans une grande colère contre le vizir, le jeta en prison pendant plus de quarante jours et lui confisqua cinq cent mille dinars, puis