Il avança (1) et se conduisit mal dans sa gouvernance : il les assiégea donc et ne cessa de le faire jusqu’à ce qu’il s’empare de la ville et fasse tuer environ quatre mille personnes [parmi leurs notables] (2). Ensuite, il se dirigea vers Tibériade et fit de même. Alors, al-Muʿizz le Fatimide résolut de marcher contre lui ; mais tandis qu’il ralliait ses forces et disposait ses armées, al-Muʿizz mourut en Égypte l’année soixante-cinq, comme il sera rapporté (3). Son fils al-ʿAzīz lui succéda, ce qui rassura Aftakin en Syrie ; la puissance de ce dernier grandit et son autorité se renforça. Les Égyptiens délibérèrent alors sur son cas et s’accordèrent sur l’idée d’envoyer le commandant Jawhar, suivant l’avis du vizir Yaʿqūb ibn Killis (4).
Lorsque Jawhar se prépara à marcher sur la Syrie, Aftakin fit prêter serment aux gens de Damas afin qu’ils le soutiennent et le conseillent loyalement, ce qu’ils firent (5). Jawhar arriva donc et assiégea Damas durant sept longs mois, exerçant une forte pression, et il fut témoin de la bravoure saisissante d’Aftakin. Lorsque la situation s’éternisa, certains Damascènes proposèrent à Aftakin d’écrire à al-Ḥasan (6) fils d’Aḥmad al-Qarmaṭī, alors à al-Aḥsā, pour qu’il vienne à sa rescousse. Quand il le contacta, celui-ci arriva pour le soutenir. Apprenant sa venue, Jawhar se rendit compte qu’il ne pouvait se maintenir entre deux ennemis, l’un à l’intérieur de la cité et l’autre à l’extérieur. Il leva donc le siège de Damas et partit vers ar-Ramla. Aftakin et al-Qarmaṭī le poursuivirent avec près de cinquante mille hommes.
Ils s’affrontèrent (7) aux abords du « Nahr aṭ-Ṭawāḥīn » (le Fleuve des moulins), à trois parasanges d’ar-Ramla, puis ils assiégèrent Jawhar à ar-Ramla. Celui-ci connut une situation très critique à cause de la [rareté] (8) des vivres et de l’eau, au point que lui et les siens frôlèrent la destruction [imminente] (9). Il demanda alors à s’entretenir avec Aftakin, tous deux à cheval, [ce que ce dernier accepta] (10). Jawhar s’employa (11) aussitôt à l’adoucir pour qu’il consente à le libérer, lui et ses compagnons, afin de rentrer auprès de son maître ; il promit en retour de lui témoigner gratitude et louange, sans écouter l’avis d’al-Qarmaṭī à ce sujet — car Jawhar était un homme rusé. Aftakin céda à sa demande, ce qui provoqua le regret d’al-Qarmaṭī qui déclara : « Mon opinion est que nous aurions dû les assiéger jusqu’au dernier. À présent, il va repartir vers son seigneur, l’informer et le faire sortir contre nous, et nous ne pourrons lui tenir tête. »
Les choses se déroulèrent effectivement de la sorte : une fois libre, Jawhar s’empressa de pousser al-ʿAzīz à se mettre en marche en personne, à la tête de ses troupes. Celui-ci arriva avec des armées aussi imposantes que des montagnes, fortes d’un grand nombre d’hommes, d’équipements, de bagages et de richesses, tandis que Jawhar marchait à l’avant-garde. De leur côté, Aftakin et al-Qarmaṭī rassemblèrent leurs forces