Il alla jusqu’à acheter une jeune esclave pour mille dinars. Une fois qu’elle fut en sa possession, il voulut la posséder, mais elle refusa. Alors il lui dit(1) : « Qu’est-ce que tu n’aimes pas en moi(2) ? » Elle répondit : « Je te déteste tout entier(3). » Il poursuivit : « Qu’aimes-tu donc ? » Elle répondit : « Que tu me vendes. » Il rétorqua : « Ou plutôt quelque chose de meilleur ? » Il l’emmena alors chez le cadi, l’affranchit, lui remit mille dinars et la libéra. Les gens s’étonnèrent de sa patience et de sa générosité, malgré son immoralité et sa rébellion(4).
On rapporte ensuite qu’au mois de Muḥarram, on prononça la ḫuṭba (sermon) au nom d’al-Muʿizz al-Fāṭimī à la Mecque et à Médine pendant la saison du pèlerinage, sans la prononcer au nom d’al-Ṭāʾiʿ(5).
Au mois de Raǧab de cette même année, les prix flambèrent considérablement à Bagdad, au point que le kurr(6) de farine de blé raffiné se vendit à cent soixante-dix dinars et plus(7).
Dans cette même période, l’autorité de ʿAḍud al-Dawla ibn Rukn al-Dawla ibn Būyah s’amoindrit, et son armée se dispersa : il ne lui resta plus que Bagdad seule. Il écrivit alors à son père pour se plaindre(8). Celui-ci le blâma pour sa trahison à l’égard de son cousin ʿIzz al-Dawla. Quand la nouvelle lui parvint, ʿAḍud al-Dawla quitta Bagdad pour le Fārs, après avoir fait sortir son cousin Baḫtiyār de prison, l’avoir revêtu d’un habit d’honneur et l’avoir rétabli dans son ancienne fonction. Il exigea toutefois que ce dernier fût son représentant en Irak et y fit prononcer le sermon en son nom. Il plaça également son frère Abū Isḥāq à la tête des armées, estimant ʿIzz al-Dawla incapable de gérer les affaires, et il poursuivit sa route vers la région du Fārs. Tout cela se fit sur ordre de son père, en colère contre lui pour les différends qu’il avait éprouvés avec son cousin et les nombreuses lettres qu’il avait reçues à ce sujet(9).
Lorsque ʿAḍud al-Dawla se mit en route, il laissa derrière lui le vizir de son père, Abū al-Fatḥ ibn al-ʿAmīd, afin que ce dernier le rejoigne après trois jours. Mais ce vizir s’attarda à festoyer, à jouer et à se divertir avec ʿIzz al-Dawla, ce qui entraîna une inimitié entre ʿAḍud al-Dawla et Ibn al-ʿAmīd, et fut la cause de la perte de ce dernier.
Quand finalement l’autorité de ʿIzz al-Dawla se consolida à Bagdad et qu’il s’empara de l’Irak, il ne tint aucune des promesses qu’il avait faites à son cousin ʿAḍud al-Dawla, ni ne respecta les engagements qu’il avait pris devant lui. Bien au contraire, il persista dans son ancienne voie d’erreur et demeura inflexible dans sa conduite(10).