Son frère, Saïf ad-Dawla (1), le pleura en disant :
« L’homme est la cible (2) de calamités qui ne cessent de l’atteindre… jusqu’à ce que son corps repose dans sa tombe.
Certains, retardés, voient la mort frapper autour d’eux (3)… d’autres, hâtés, y font face eux-mêmes. »
Il advint qu’un Bédouin se trouvait alors auprès de Saïf ad-Dawla. Celui-ci lui dit : « Exprime-toi dans le même sens. » Il déclama :
« Que celui qui souhaite la longue vie… se mure dans la patience face à la perte de ses chers amis !
Et quiconque est gratifié d’une longue existence… verra s’abattre sur lui ce même sort qu’il désirait pour ses ennemis. »
C’est ainsi qu’Ibn as-Sa‘î (4) rapporta ces deux vers comme étant ceux de Saïf ad-Dawla à l’intention de son frère Abou Firas. Toutefois, Ibn al-Jawzî, dans “Al-Muntazam”, les attribue au propre recueil d’Abou Firas, tout en précisant que le Bédouin y répondit par les deux vers qui suivent (5). Ibn al-Jawzî mentionne aussi d’autres beaux extraits de la poésie d’Abou Firas, parmi lesquels :
« Mon peuple se languira de moi lorsque leurs épreuves deviendront pressantes… tout comme, durant la nuit obscure, on regrette la clarté de la pleine lune.
Même si un autre venait à remplir mon rôle, ils s’en contenteraient… car l’or ne vaudrait guère plus si le cuivre trouvait preneur (6) (7). »
Il cite également d’autres vers tirés d’un poème :
« Je me plains à Dieu de ce que nous vivons dans des demeures… où les lions sont soumis au pouvoir de simples chiens.
Puisses-tu m’être doux, quand bien même la vie est amère… puisses-tu être satisfait de moi quand bien même les gens sont en colère !
Plût au Ciel que ce qui nous unit subsiste… et que ce qui me lie au reste du monde soit ruiné (8). »