Mention de la guerre entre al-Muʿizz al-Fâṭimî et al-Ḥasan b. Aḥmad al-Qarmaṭī :
(1) Lorsque al-Muʿizz al-Fâṭimî s’établit définitivement sur les territoires égyptiens, qu’il construisit Le Caire et les deux palais (al-Qaṣrayn) et qu’il affermit son pouvoir, al-Ḥasan b. Aḥmad al-Qarmaṭī partit d’al-Aḥsāʾ avec une grande troupe de ses partisans. L’émir des Arabes en Syrie, Ḥassân b. al-Jarrâḥ al-Ṭâʾî, se joignit à lui avec toutes les tribus arabes de Syrie. Lorsque al-Muʿizz al-Fâṭimî apprit leur arrivée et vit combien leurs forces étaient considérables, il fut saisi de consternation.
Il écrivit alors à al-Qarmaṭî pour le rallier à sa cause, lui disant : « L’appel de tes pères remontait jadis à mes pères, notre appel est donc le même. » Il mentionnait aussi ses mérites et ceux de ses ancêtres. Al-Qarmaṭî lui répondit (2) : « Ta lettre est bien longue sur les louanges, mais faible dans son contenu concret. Nous sommes en marche (3) sur ses traces, paix. »
Quand ils parvinrent en Égypte, ils y répandirent le désordre en tuant, pillant et perpétrant des ravages. Al-Muʿizz se trouva désemparé face au nombre élevé des Qarmaṭes et à la faiblesse de son armée, impuissante à leur résister. Il opta alors pour la ruse et la tromperie : il contacta Ḥassân b. al-Jarrâḥ, l’émir des Arabes, et lui promit cent mille dinars s’il semait la discorde dans les rangs adverses. Ḥassân lui répondit (4) : « Envoie-moi ce que tu as promis et viens avec tes hommes. Quand nous nous rencontrerons, je fuirai avec les miens (5), de sorte qu’al-Qarmaṭî n’aura plus aucune force et tu pourras t’emparer de lui comme tu voudras. »
Al-Muʿizz fit donc porter à Ḥassân cent mille dinars dans des sacs, mais (6) la majorité de ces monnaies étaient falsifiées : il avait recouvert du cuivre d’une fine pellicule d’or et l’avait placé au fond des sacs, ne mettant que de véritables dinars en surface. Tandis qu’il les lui envoyait, al-Muʿizz partit avec son armée sur leurs traces. Les deux troupes se rencontrèrent et, lorsque la bataille s’engagea, Ḥassân b. al-Jarrâḥ prit la fuite avec les Arabes, affaiblissant ainsi le camp d’al-Qarmaṭî. Al-Muʿizz en profita pour l’écraser et les Qarmaṭes s’enfuirent devant lui jusqu’à Adhruʿât, en des conditions des plus humiliantes (7). Al-Muʿizz envoya alors à leur poursuite le commandant Abû al-Maḥmûd b. Ibrâhîm b. Jaʿfar, à la tête de dix mille cavaliers, afin d’anéantir définitivement leurs effectifs (8).
[La prise de Damas par al-Muʿizz al-Fâṭimî et son retrait des mains des Qarmaṭes]
Après la déroute d’al-Qarmaṭî et de ses hommes, al-Muʿizz dépêcha une troupe placée sous le commandement de Ẓâlim b. Murahub al-ʿUqaylî, comme émir sur Damas.