Puis débuta l’année trois cent soixante-trois (363). Cette année-là, le jour de ‘Achoura (1), on introduisit une innovation répréhensible selon l’usage des “Râfidites”, et il survint à Bagdad une grande discorde entre les sunnites et les Râfidites, les deux camps faisant preuve d’un esprit limité [voire inexistant] (2), et étant bien éloignés de toute rectitude. En effet, un groupe de sunnites fit monter une femme sur un chameau, l’appela “Aïcha”, tandis que certains d’entre eux se nommèrent “Talha” et d’autres “Zoubayr”, déclarant : “Nous allons combattre les partisans de ‘Alî ibn Abî Tâlib.” À cause de cela (3), il y eut de nombreux morts dans les deux camps. Des brigands (‘ayyârûn) répandirent la corruption dans la ville, pillant les biens et tuant des hommes. Ensuite, un groupe parmi eux fut arrêté, exécuté et crucifié, et la discorde s’apaisa (4).
Cette même année, ‘Izz ad-Dawla Bakhtiyâr [fils de Mu‘izz ad-Dawla] (5) s’empara de Mossoul et maria sa fille (6) à Abû Taghlib ibn Hamdân. Également, une discorde éclata à Bassora entre les Daylamites et les Turcs ; les Daylamites, détenant la souveraineté, l’emportèrent sur les Turcs et en tuèrent (7) un grand nombre, conservèrent leurs têtes et s’emparèrent de beaucoup de leurs biens. ‘Izz ad-Dawla écrivit alors à sa famille : “Je vous ferai parvenir un message annonçant ma mort. Quand il vous parviendra, montrez votre tristesse et instituez un deuil. Lorsque Subuktakîn viendra vous présenter ses condoléances, capturez-le, car il est le pilier et le chef des Turcs.” Lorsque le courrier parvint à Bagdad, on manifesta publiquement [les lamentations et les cris] (8) en s’asseyant pour le deuil. Subuktakîn comprit qu’il s’agissait d’un piège, si bien qu’il s’en tint à l’écart. L’hostilité entre lui et ‘Izz ad-Dawla devint évidente. Il rejoignit alors immédiatement les Turcs et assiégea la résidence de ‘Izz ad-Dawla à Bagdad deux jours durant, en fit sortir sa famille, s’empara de ses biens et les fit descendre le long du Tigre jusqu’à Wâsit pour les y exiler. Il avait envisagé d’envoyer avec eux le calife al-Mutî‘, mais celui-ci le supplia, si bien qu’il l’épargna et le laissa dans sa résidence. La puissance de Subuktakîn et des Turcs s’accrut à Bagdad, et la ville fut alors pillée.