Au cours de cette même année, les Byzantins partirent, avec le Dumastuq – que Dieu le maudisse – pour assiéger la cité d’Âmid, alors gouvernée par Mard, l’affranchi d’Abou al-Hayjâ Ibn Hamdân. Celui-ci écrivit à Abou Taghlib pour solliciter son aide ; Abou Taghlib dépêcha alors son frère Abou al-Qâsim Hibat Allâh Ibn Nâsir ad-Dawla Ibn Hamdân. Tous deux s’unirent pour le combattre et l’affrontèrent un jour de Ramadan, dans un lieu si étroit que la cavalerie ne pouvait y manœuvrer. Le combat contre les Byzantins fut acharné ; ceux-ci décidèrent de fuir sans y parvenir et subirent de lourdes pertes. Le Dumastuq fut fait prisonnier et incarcéré ; il resta en prison jusqu’à ce qu’il tombât malade et mourût l’année suivante. Abou Taghlib avait pourtant appelé des médecins à son chevet, mais rien ne put le sauver.
Cette même année, un grand incendie se déclara à al-Karkh, un quartier de Bagdad. La cause en fut qu’un officier chargé de l’assistance (ṣâhib al-ma‘ûna) avait frappé un homme du commun jusqu’à le tuer. La populace, appuyée par un groupe de Turcs, se souleva contre lui ; il s’enfuit et se réfugia dans une maison, mais on l’en sortit de force, on le tua et on brûla son corps. Le vizir Abou al-Fadl ash-Shîrâzî – animé d’un vif fanatisme pour les sunnites – monta alors à cheval et envoya son chambellan auprès des habitants d’al-Karkh pour mettre le feu à leurs demeures. Une grande partie des maisons et des biens fut détruite : trois cents échoppes, trente-trois mosquées, et dix-sept mille personnes furent atteintes. À la suite de cela, ‘Izz ad-Dawla Bakhtiyâr Ibn Mu‘izz ad-Dawla démit ce vizir de ses fonctions et nomma Mohammed Ibn Baqiyya à sa place. Les gens en furent surpris, car ce dernier n’avait aucune considération à leurs yeux : son père était paysan dans le village d’Awânâ, et lui-même servait ‘Izz ad-Dawla en lui présentant à manger et en portant sur son épaule le linge pour s’essuyer, jusqu’à ce qu’il fût nommé au vizirat. Malgré tout, il se révéla encore plus injuste envers la population que son prédécesseur. À son époque, les ‘ayyârûn (bandits) se multiplièrent à Bagdad et la situation se détériora. Par ailleurs, un différend opposa ‘Izz ad-Dawla à son chambellan Subuktikîn, mais ils parvinrent finalement à une réconciliation précaire.
Au cours de cette même année, al-Mu‘izz le Fâtimide entra en Egypte, accompagné des cercueils de ses ancêtres. Il arriva à Alexandrie au mois de Sha‘bân, accueilli par les notables égyptiens, et il y prononça un discours éloquent improvisé, exaltant leur mérite et leur noblesse, tout en tenant des propos que certains contestèrent. Il déclara notamment : « Dieu a secouru les populations par leur biais et grâce à leur dynastie. » C’est ce qu’a rapporté le juge d’Egypte, alors assis à ses côtés. Al-Mu‘izz lui demanda : « As-tu vu un calife meilleur que moi ? » Il répondit : « Je n’ai vu personne d’autre comme calife, hormis le Commandeur des croyants. » Al-Mu‘izz poursuivit : « As-tu accompli le pèlerinage ? » – « Oui. » – « As-tu visité la tombe du Messager de Dieu ﷺ ? » – « Oui. » – « Et celle d’Abou Bakr et ‘Omar ? » Le juge raconte qu’il demeura perplexe, sans savoir quoi répondre. Puis, apercevant le fils d’al-Mu‘izz, al-‘Azîz, debout avec les hauts dignitaires, il déclara : « Le Messager de Dieu ﷺ m’a si bien accaparé que je n’ai pu me rendre auprès d’eux, de même que le Commandeur des croyants vient de m’empêcher de saluer l’héritier du trône. » Alors il se leva pour saluer le fils, retourna à sa place, et la séance se poursuivit. Al-Mu‘izz quitta ensuite Alexandrie pour se rendre au Caire, y entrant le cinquième jour de Ramadan de cette année-là, et s’établit dans les deux palais.