Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Ibn ‘Abbâs a dit : « Dieu n’a jamais envoyé de prophète sans prendre de lui l’engagement que, si Muḥammad venait à être suscité de son vivant, il croirait en lui et le soutiendrait ; et Il ordonna également à ce prophète de prendre le même engagement de la part de sa communauté : si Muḥammad venait à être suscité alors qu’elle serait encore en vie, elle devrait croire en lui et le soutenir. » Al-Bukhârî l’a rapporté. Ainsi, que al-Khidr ait été prophète ou saint (walî), il est inclus dans ce pacte. S’il avait été vivant à l’époque du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut), le plus noble de ses états aurait été de se trouver en sa présence, de croire à ce que Dieu lui avait révélé et de le soutenir, afin qu’aucun ennemi ne puisse l’atteindre. En effet, s’il était saint, le ṣiddîq serait supérieur à lui ; et s’il était prophète, Mûsâ (Moïse) lui serait supérieur.

L’imam Aḥmad rapporte dans son Musnad : « Nous a rapporté Shurayḥ ibn an-Nu‘mân, qui nous a dit : “Nous a rapporté Hushaym : ‘Nous a informés Mujâlid, d’après al-Sha‘bî, d’après Jâbir ibn ‘Abd Allâh, que le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut) a dit :

« Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, si Moïse était vivant, il ne lui serait pas possible d’agir autrement que de me suivre. » (1)

Ceci est un point établi, incontestable, et qui fait partie de ce que l’on sait nécessairement de la religion. Cette noble Parole atteste que tous les prophètes — si, à titre d’hypothèse, ils étaient en vie et chargés de préceptes à l’époque du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut) — auraient tous été ses disciples, sous son commandement et compris dans l’universalité de sa Loi. De même, lorsque – que Dieu lui accorde bénédiction et salut – il se réunit avec eux durant la nuit de l’Isrâ’, il fut élevé au-dessus de tous ; et lorsque, avec eux, il redescendit à Bayt al-Maqdis et que l’heure de la prière survint, Jibrîl, sur ordre de Dieu, lui enjoignit de les diriger en prière. Il leur dirigea ainsi la prière dans le lieu de leur autorité et de leur résidence, ce qui prouve qu’il est l’imam suprême, le dernier des messagers, vénéré et placé au premier rang. Que la prière et la paix de Dieu soient sur lui et sur eux tous.

Dès lors, si l’on sait cela — chose évidente pour tout croyant — on sait également que, si al-Khiḍr était vivant, il ferait partie de la communauté de Muḥammad (que Dieu lui accorde bénédiction et salut) et qu’il suivrait sa Loi, sans aucune alternative possible. Voici bien ‘Îsâ ibn Maryam (que la paix soit sur lui) : lorsqu’il reviendra à la fin des temps, il jugera selon cette Loi purifiée, sans s’en écarter ni s’en détourner ; il est pourtant l’un des cinq grands envoyés doués de constance (uly al-‘azm), et le dernier prophète des Banû Isrâ’îl. Or, on sait qu’aucun récit, avec une chaîne de transmission sûre ou même acceptable au point de rassurer l’âme, ne rapporte qu’al-Khiḍr ait rencontré le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut) un seul jour, ni qu’il ait combattu à ses côtés dans aucune bataille. Pendant la bataille de Badr, en effet, le Véridique et digne de confiance invoqua son Seigneur (Exalté soit-Il), demandant secours et victoire sur ceux qui Le reniaient :

« Ô Dieu, si ce groupe périt, Tu ne seras plus adoré après cela sur Terre » (2).

Or, ce jour-là, cette troupe comptait parmi les plus illustres des musulmans et parmi les plus éminents des anges, jusque Jibrîl (que la paix soit sur lui). Ḥassân ibn Thâbit le rappelle dans un poème, évoquant dans un vers dont on dit qu’il est l’un des plus glorieux de la littérature arabe :

« Au puits de Badr, lorsque Gabriel repoussait leurs visages, / Il se trouvait sous notre bannière, tout comme Muḥammad. » (3)

Si al-Khiḍr avait été vivant, se tenir sous cette bannière eût été son rang le plus éminent et sa plus grande expédition.

Le qâḍî Abû Ya‘lâ Muḥammad ibn al-Ḥusayn ibn al-Farrâ’ al-Ḥanbalî rapporte que l’un de nos coreligionnaires fut interrogé au sujet d’al-Khiḍr : « Est-il mort ? » Il répondit : « Oui. » Il ajoute avoir appris le même propos d’Abû Ṭâhir ibn al-Ghubârî, qui s’appuyait sur l’argument suivant : « S’il avait été en vie, il serait venu à la rencontre du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut). » C’est ce qu’a rapporté Ibn al-Jawzî dans son “al-‘Ujâlah.”

(1) Le hadith complet se trouve dans le Musnad d’Aḥmad (3/387). (Il reviendra dans le tome 4/69) de ce même ouvrage. (2) Le hadith complet est rapporté par Muslim (1763) dans le chapitre du Jihad, sous la rubrique du renfort par les anges lors de la bataille de Badr. (3) Il ne figure pas dans son recueil poétique. Et dans le Bi : « Le jour de Badr ».
قال ابن عباس: ما بعث الله نبيًا إلا أخذ عليه الميثاق لئن بُعث محمد وهو حي ليؤمنن به ولينصرنه، وأمره أن يأخذ على أمته الميثاق لئن بُعث محمد وهم أحياء ليؤمِنُنَّ به وينصرنه. ذكره البخاري عته، فالخضر إن كان نبيًا أو وليًا، فقد دخل في هذا الميثاق، فلو كان حيًا في زمان رسول الله ﷺ لكان أشرف أحواله أن يكون بين يديه يؤمن بما أنزل الله عليه، وينصره أن يصل أحد من الأعداء إليه، لأنه إن كان وليًا فالصِّدِّيق أفضلُ منه، وأَن كان نبيًا فموسى أفضلُ منه. وقد روى الإمام أحمد في (مسنده) : حدّثنا شُريح بن النعمان، حدّثتا هُشيم، أنبأنا مجالد، عن الشعبي، عن جابر بن عبد الله أن رسول الله ﷺ قال: "والذي نَفْسِىِ بِيَدِهِ لَوْ أَنَّ مُوسَى كانَ حَيًّا ما وَسِعَه إلّا أنْ يَتَّبِعَني" (١) . وهذا الذي يُقطع يه، ويُعلم من الدين علم الضرورة. وقد دلّت عليه هذه الآية الكريمة أن الأنبياء كلّهم لو فرض أنهم أحياء مكلّفون في زمن رسول الله ﷺ لكانوا كلّهم أتباعًا له وتحت أوامره وفي عموم شرعه، كما أنه صلوات الله وسلامه عليه لمّا اجتمع معهم ليلة الإسراء رُفع فوقهم كلّهم، ولما هبطوا معه إلى بيت المقدس وحانت الصلاة، أمره جبريل عن أمر الله أن يَؤُمَّهم، فصلّى بهم في محلِّ ولايتهم، ودار إقامتهم، فدلّ على أنه الإمام الأعظم، والرسول الخاتم المبجَّل، المقدَّم صلوات الله وسلامه عليه وعليهم أجمعين. فإذا عُلم هذا، وهو معلوم عند كلِّ مؤمن، علم أنه لو كان الخضِر حيًا لكان من جملة أمة محمد ﷺ وممن يقتدي بشرعه، لا يسعه إلّا ذلك. هذا عيسى بن مريم (عليه السلام) إذا نزل في آخر الزمان يحكم بهذه الشريعة المطهرة لا يخرج منها ولا يحيد عنها، وهو أحد أولي العزم الخمسة المرسلين، وخاتم أنبياء بني إسرائيل، والمعلوم أن الخضِر لم يُنقل بسند صحيح ولا حسن تسكن النفس إليه أنه اجتمع برسول الله ﷺ في يوم واحد، ولم يشهد معه قتالًا في مشهد من المشاهد، وهذا يوم بدر يقول الصَّادِق المصدوقُ فيما دعا به لربه – Exalté soit-Il – ، واستنصره، واستفتحه على من كفره: "اللهمَّ إنْ تهلِكْ هذهِ العِصَابةُ لا تُعْبَدُ بَعْدَها في الأرْضِ" (٢) وتلك العصابة كان تحتها سادة المسلمين يومئذ وسادة الملائكة، حتى جبريل (عليه السلام) كما قال حسان بن ثابت في قصيدة له في بيت يقال: إنه أفخر بيت قالته العرب: [من الكامل] وبئرُ بدْرٍ إذْ يردّ وُجوهَهم … جِبْريلُ تحتَ لِوائِنا ومحمدُ (٣) فلو كان الخضر حيًا لكان وقوفه تحت هذه الراية أشرف مقاماته، وأعظم غزواته. قال القاضي أبو يعلى محمد بن الحسين بن الفرّاء الحنبلي: سئل بعض أصحابنا عن الخضِر هل ماتَ؟ فقال: نعم. قال: وبلغني مثل هذا عن أبي طاهر بن الغباري، قال: وكان يحتج بأنه لو كان حيًا لجاء إلى رسول الله ﷺ . نقله ابن الجوزي في "العُجالة" .
(١) الحديث بتمامه في مسند أحمد (٣/ ٣٨٧). (وسيأتي في ٤/ ٦٩) من هذا الكتاب. (٢) الحديث بتمامه أخرجه مسلم (١٧٦٣) في الجهاد، باب الإمداد بالملائكة في غزوة بدر. (٣) ليس في ديوانه. وفي ب: وبيوم بدر.

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