Puis arriva l’année trois cent soixante et un (361). Le dixième de celle-ci, les Râfidites de Bagdad établirent l’innovation consistant à se lamenter autour du martyre de Ḥusayn ibn ʿAlī.
Au mois de Muḥarram de cette même année, les Byzantins (ar-Rūm) lancèrent une attaque sur la Jazīra et la contrée de Bakr, tuant un grand nombre d’habitants d’al-Ruhā (Édesse). Ils parcoururent (1) ces territoires en poursuivant la mise à mort, la capture et le pillage, jusqu’à (2) leur arrivée à Naṣībīn, et ils menèrent les mêmes exactions en pays de Bakr. Abū Taghlib ibn Ḥamdān, qui administrait ces régions, ne put ni leur tenir tête ni leur opposer la moindre résistance. C’est alors que les gens de la Jazīra se rendirent à Bagdad pour implorer le secours et l’assistance. Les habitants de Bagdad en furent touchés et voulurent les introduire auprès du calife al-Muṭīʿ li-llāh, mais ils n’y parvinrent pas (4), car Bakhtiyār ibn Muʿizz ad-Dawla était occupé à la chasse. Des messagers partirent donc à sa recherche, et il dépêcha alors le ḥājib Subuktekin pour mobiliser la population. Une grande partie du commun se prépara, et l’on écrivit à Abū Taghlib pour qu’il dispose des vivres et de l’hébergement. Celui-ci se montra heureux et enthousiaste. Mais une fois les gens du peuple prêts pour l’expédition, un violent conflit éclata entre les Râfidites et (5) les partisans de la Sunna : les sunnites mirent le feu aux maisons des Râfidites dans le quartier de Karkh. (6) Les ‘ayyārūn se révoltèrent alors à Bagdad, s’emparant des biens de la population. De plus, une rivalité opposa le naqīb Abū Aḥmad al-Mūsawī et le vizir Abū al-Faḍl aš-Šīrāzī.
C’est dans ce contexte que Bakhtiyār ibn Muʿizz ad-Dawla fit parvenir un message au calife pour lui demander de l’argent en vue de l’expédition. Le calife lui répondit : « Si les impôts m’étaient directement remis, j’aurais fourni ce dont les musulmans ont besoin. Mais c’est toi qui disposes de l’argent qui leur est (7) indispensable. Quant à moi, je n’ai rien à t’envoyer. » Les courriers (8) allèrent et vinrent entre eux, puis Bakhtiyār durcit le ton envers le calife et le menaça. Le calife se vit alors contraint de rassembler de quoi lui remettre quelque somme : il vendit une partie de ses vêtements et de son mobilier, et il démolit une partie des toits de ses demeures, parvenant à réunir quatre cent mille dirhams. Bakhtiyār utilisa cet argent pour ses propres affaires et annula l’expédition. Les gens furent affligés pour le calife et indignés par l’attitude du fils de Būyah, qui avait pris l’argent du calife tout en renonçant au combat dans le sentier de Dieu. Que Dieu ne le récompense point pour ce qu’il a fait aux musulmans et à leur imām.