Al-Dārakī (1) composa des ouvrages sur les fondements (uṣūl) du fiqh et ses ramifications (furūʿ). Les gens entreprenaient le voyage pour étudier auprès de lui à Bagdad ; il y enseignait, écrivit de nombreux traités et laissa une vaste production. Son décès – qu’Allah le Très-Haut lui fasse miséricorde et soit satisfait de lui – survint au mois de Jumādā al-Ūlā cette même année.
[Ensuite commença l’année trois cent soixante]
Le dix de Muḥarram, les Rāfiḍites accomplirent leur innovation religieuse interdite, selon leur ancienne habitude. Puis, au mois de Dhū al-Qaʿda de cette année, les Qarmates s’emparèrent de Damas et tuèrent son gouverneur, Jaʿfar ibn Falāḥ (2), mandaté par al-Muʿizz le Fāṭimide. Leur chef et émir était al-Ḥasan (3) ibn Aḥmad ibn Bahram, que ʿIzz al-Dawla soutint depuis Bagdad en lui fournissant abondamment armes et équipements. De là, ils marchèrent sur al-Ramla et l’occupèrent ; les Maghrébins qui s’y trouvaient se retranchèrent dans Yāfā. Les Qarmates laissèrent sur place une force pour mener le siège, puis se dirigèrent vers les terres égyptiennes, à la tête d’un grand rassemblement d’Arabes bédouins, d’Ikhshīdides et de Kafūriyya. Ils atteignirent ʿAyn Shams et livrèrent un rude combat contre l’armée de Jawhar, où la victoire initiale revint aux Qarmates, qui assiégèrent alors durement les Maghrébins. Cependant, en un certain jour, les Maghrébins lancèrent une charge contre l’aile droite des Qarmates et la mirent en déroute. Les Qarmates se retirèrent alors vers la Syrie et resserrèrent de nouveau le siège autour de Yāfā. Jawhar envoya quinze navires de ravitaillement à ses troupes, mais ceux des Qarmates les capturèrent tous, hormis deux qui tombèrent aux mains des Francs. De nombreux autres événements se produisirent.
Voici quelques vers du poème d’al-Ḥasan ibn Aḥmad ibn Bahram, émir des Qarmates :
« Ils prétendent, ces hommes de l’Occident, que je les ai redoutés…
Mon sang serait donc, entre leurs mains, chose facile à répandre !
Ô Égypte ! Si je ne désaltère pas ta terre de sang
Au point d’abreuver ton sol, puisse le Nil ne jamais m’abreuver ! »
La même année, Abū Taghlib ibn Ḥamdān épousa la fille de Bakhtiyār ʿIzz al-Dawla, alors âgée de trois ans, pour une dot de cent mille dinars. L’acte de mariage fut conclu au mois de Ṣafar. Durant cette année également, Muʾayyad al-Dawla ibn Rukn al-Dawla nomma comme vizir al-Ṣāḥib Abū al-Qāsim ibn ʿAbbād, qui réforma l’ensemble de ses affaires et administra l’État avec succès. De plus, on procéda à Damas et dans toute la Syrie à l’appel à la prière (adhān) en ajoutant la formule « ḥayya ʿalā khayri l-ʿamal ».